Une ANSF combattive
mercredi 26 mars 2008

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Yves Chauvin - Ph. Claude Bigeon

Une équipe soudée, des éleveurs motivés et décidés à se battre, des positions claires et réalistes… mais toujours pas les moyens financiers pour faire du développement : c’est l’impression laissée par l’Assemblée générale de l’ANSF, le 20 mars dernier.

A Paris, devant à peu près soixante-dix personnes, Yves Chauvin a fait le 20 mars le bilan de sa première année de présidence et d’ère post-Curti. A la tribune : ses vice-présidents, Jean-Baptiste Thiébot (élevage de B’Neville) et Bernard-Pierre Le Courtois (Haras de Brullemail), le secrétaire général Philippe Lemaistre et le trésorier Jean-Louis Bourdy Dubois. Selon Yves Chauvin, sa première tâche fut « d’arrêter l’hémorragie financière ». S’appuyant sur un audit réalisé par la société d’expertise comptable d’Alain Pignolet, Yves Chauvin a de nouveau expliqué que les recettes collectées au nom du Programme d’élevage auprès des éleveurs par l’ancienne équipe auraient dû être échelonnées sur dix ans, et non sur une année. Et en tout état de cause - mais aujourd’hui tout le monde le sait - l’ANSF s’est vu confier depuis quelques années par l’Etat missions et responsabilité de conduire la race, sans moyens suffisants, et son déficit de fonctionnement est chronique, sauf à trouver de nouvelles recettes conséquentes et pérennes. Elle s’est pourtant vu refuser une aide du fonds Eperon l’an dernier pour la mise en place du testage des candidats étalons de trois ans sous la selle de cavaliers professionnels de renom – nouveauté qui fut un succès ; et le dossier des livrets signalétiques (un prélèvement destiné aux associations de races s’ajouterait au prix du livret signalétique), pour lequel l’ancienne équipe avait déjà commencé à se battre, n’a toujours pas abouti. Selon Philippe Lemaistre, les choses semblaient bien engagées en 2007, puis « la sous-direction du cheval a fait traîner avant de donner une réponse négative en fin d’année, puis positive début 2008 », laissant espérer une éventuelle issue positive pour 2009…Pour l’heure, malgré des aides de l’Etat de 200 000 euros pour le Programme d’élevage et de 200 000 euros pour le fonctionnement de l’association, la situation financière de l’association avec ses 767 000 euros de charges d’exploitation reste très difficile.La WBFSH sera reçue à LyonRévision du règlement du stud-book concernant l’approbation des étalons (voir L’Eperon d’avril 2008), réflexions sur l’incitation à la mise à la reproduction précoces des jeunes femelles de qualité, refonte des aides à l’élevage (avec notamment, pour la première fois avec les indices 2007, la prise en compte dans le calcul des indices des performances internationales sous selles étrangères)… : les actions réalisées ou en cours de réalisation sont nombreuses, et parfois ambitieuses. Pour la première fois, les finales d’élevage mâles et femelles (« Journées Selle Français ») seront regroupées, à une même date et un même lieu : Saint-Lô, du 15 au 19 octobre. Equita’Lyon, début novembre, accueillera de nouveau des épreuves d’élevage, mais surtout, l’ANSF, pour la première fois, prend en charge l’assemblée générale de la WBFSH (Fédération mondiale des stud-books de chevaux de sport) : 70 stud-books et leurs représentants reçus pendant trois jours par la France et le Selle Français… Pas question de se louper !Le relookage du site internet, la création d’un magazine (trois numéros par an), le projet de création d’un site internet d’engagements en concours d’élevage (en place sans doute pour la fin du premier semestre 2008), le projet de décentralisation de l’association, font également partie des avancées jugées nécessaires, mais coûteuses. L’ANSF a donc créé un Club de partenaires, à destination des entreprises attachées au Selle Français, soutenant les projets de l’ANSF et désireuses de voir les choses avancer. Six ont déjà signé : Le Reverdy-nutrition équine, le Haras des M, Cavalassur, Cheval Liberté, les vans Théault et Cordonnier.Succès du testage des étalons de trois ansDans l’après-midi, Michel Gaspard, président des juges ANSF, a dressé le bilan de sa tournée effectuée auprès des principaux stud-books européens afin d’observer les schémas de sélection des jeunes étalons.Un reportage effectué à Saint-Lô lors du testage des jeunes étalons de trois ans effectué avec l’aide d’Eric Navet, Bruno Rocuet, Jacques Bonnet et Christian Hermon a été diffusé, puis un débat a eu lieu en présence notamment d’Olivier Jouanneteau (qui a appuyé, pour sa part, la nécessité que les cavaliers professionnels essayent eux-mêmes les candidats étalons lors du stage d’hiver). Le succès de cette nouveauté, innovante et structurante quoi qu’en dise le fonds Eperon, se traduit par l’officialisation de ce test et par la mise en place d’une épreuve de saut monté obligatoire dès les qualificatives cette année, ainsi, évidemment, que lors des finales.

Au final, l’assemblée générale s’est terminée par des discussions à bâton rompu en présence de Xavier Guibert pour les Haras nationaux et Sandie Jarrier pour la sous-direction du cheval, discussions au cours desquelles l’agacement des éleveurs perçait nettement. La sous-direction du cheval est de plus en plus jugée trop interventionniste et dirigiste, et les Haras nationaux se voient reprocher des moyens financiers jugés exubérants par rapport à ceux des associations de race et un manque de dialogue et de partenariat : « il est absolument anormal », a dit Yves Chauvin, « quand on voit tous les efforts que nous faisons, avec treize personnes dont des cavaliers de renoms qui s’investissent pour labelliser des étalons, qu’une institution achètent des chevaux qui ne nous intéressent pas, seule dans son coin, sans consultation des éleveurs ». Jean Muris, président de l’ADECNO (éleveurs de la région de Saint-Lô), insistait : « on ne supporte plus, quand on dépense une telle énergie, quand on s’est levé à cinq heures du matin pour venir ici, s’entendre expliquer par l’administration ce que l’on doit faire ». Des propos s’adressant aussi bien à la sous-direction du cheval qu’aux Haras nationaux et qui reviennent de plus en plus souvent