Zoom sur le poney Normand
vendredi 08 décembre 2000

J.-M. Lefèvre (FPN)
Jean-Marc Lefèvre, Pdt de la FPN

Jean-Marc Lefèvre, président de la Fédération des éleveurs de Poney de Normandie (FPN), y croit depuis longtemps. En effet, le poney constitue un débouché des plus intéressants pour les éleveurs devant qui un marché s’ouvre de plus en plus. Chiffres à l’appui, M. Lefèvre nous a expliqué sa vision de l’avenir.

La fédération normande, qui regroupe la Haute et la Basse Normandie, fut une pionnière sur le terrain de l’élevage de poneys de compétition. C’est grâce en grande partie au Colonel de Laurens, président de cette même fédération, que l’engouement est né au sein des éleveurs. « C’est un homme clairvoyant comme son père », nous raconte M. Lefèvre. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les chiffres. En 2000, 30% des poneys nés en France provenaient de Normandie. 35% des participants à la Grande Semaine de Fontainebleau et 50% des titres en tailles C et D. La région occupe la tête du classement des meilleures zones de production devant la Bretagne, les Pays de la Loire, le Centre et l’Anjou. Impressionnant !

L’idée d’un regroupement des éleveurs au sein d’une fédération a mis du temps à prendre forme. Dix ans furent nécessaires pour réunir les différentes composantes de la région. Mais les résultats sont là. Cette unité a permis notamment d’adhérer au Poney-Club de France dès 1985 et ainsi d’organiser des concours. Schéma désormais classique que les éleveurs normands de Selle Français ont mis à profit très vite. Première étape : produire de bons poneys de compétition. Seconde étape : organiser des concours où ces mêmes poneys puissent s’illustrer. La promotion s’est faite naturellement. Qui plus est la demande a suivi. Avec un cheptel de 7.000 à 8.000 poulinières en France, on se trouve actuellement sur une courbe ascendante. Le seul problème rencontré est que l’offre n’est pas tout à fait adaptée à la demande.

Au démarrage de l’élevage de poneys en France, une multitude de races surtout anglo-saxonnes (Connemara, New Forest, Welsh) furent importées. La reproduction n’était alors que peu organisée. Progressivement, des standards propres au pays se sont dégagés et ont permis d’orienter la production vers la recherche de modèles et de critères précis. Malgré tout, la commercialisation reste difficile. « Maintenant que nous avons poussé les éleveurs à évoluer, nous devons éduquer la clientèle », ajoute M. Lefèvre. De plus en plus de bons poneys sont confiés à des cavaliers pour être valorisés en compétition. La mise en place d’un circuit de cycle classique 4, 5 et 6 ans à l’image des chevaux a participé au développement de cette activité. Mais les concours se sont avérés trop hétéroclites tant dans les difficultés proposées que par la qualité des organisations. C’est pourquoi la FPN a créé cette année une charte de qualité qui prime les meilleurs terrains. Douze ont vu leurs efforts récompensés en 2000 (entre autres Saint-Lô, Le Pin et Notre-Dame d’Estrée). Une initiative qui en appelle d’autres.

Il y a une quarantaine d’années, un importateur basé dans la Manche a introduit beaucoup de New Forest en provenance directe de Grande-Bretagne. Croisés avec des Pur Sang Arabes, ils n’ont pas tous été choisis pour leurs aptitudes. Ce travail a permis de provoquer un certain engouement pour l’élevage du poney, qui, d’après M. Lefèvre, « donna malheureusement un peu n’importe quoi ». Cela explique notamment la disparité parmi les Poneys Français de Selle. Le Connemara eut aussi son heure de gloire. Sélectionné plus sur le modèle de la race, il reste le plus abouti en terme d’élevage en France. La professionnalisation ne vient pas, et la majorité des éleveurs, d’une part font cela à pure perte, d’autre part avec une ou deux poulinières. Difficile dans ces conditions de suivre une politique cohérente. « Les Haras Nationaux, sur ce point, sont toujours restés deux pas en arrière et n’ont pas été très visionnaires, excepté M. Blanc (ancien Directeur des Haras Nationaux) », précise M. Lefèvre. Ils ont pris conscience aujourd’hui de l’importance du poney dans l’économie équestre. « Mais ils ne disposent pas d'une bonne connaissance des souches. De plus, les indices mis en place trop tard ont fait perdre vingt ans de statistiques. » D’autant qu’apparemment les prix suivent réellement. « Pour exemple, un foal mâle est vendu entre 4000 F et 6000 F, jusqu'à 6000 F à 8000 F pour une femelle - dont certaines ont atteint cette année entre 15000 F et 20000 F. Un 3 ans hongre rapporte en moyenne 18000 F à 20000 F, 30000 F à 35000 F pour une femelle ou un mâle. On en voit même à 6 ans vendus pour 300.000 F. » Le poney semble bien parti pour gagner le cœur des Français.