Alain James, le voyageur affranchi (1/3)
mardi 23 février 2021

Alain James
Alain James © Arnaud Boudon

Sa simplicité et son humour n’ont d’égale que sa liberté de penser. Car s’il fallait ne retenir qu’une chose à propos d’Alain James, c’est bien cette indépendance d’esprit, cette liberté de ton qui lui a parfois valu quelques remontrances de l’administration mais aussi beaucoup d’admiration et de respect de la part de ses pairs. Parmi les derniers à avoir porté l’uniforme rouge et noir des Haras nationaux, lui a toujours préféré un bon jean et une veste décontractée, faisant fi du protocole. Aujourd’hui Président de l’Association Nationale Anglo-Arabe (ANAA) et de la Confédération Internationale de l’Anglo-Arabe (CIAA), il est l’un des artisans de ce qu’est le monde de l’élevage français contemporain.

C’est le 28 juillet 1948 que ce Bordelais voit le jour, ce même jour où un cargo norvégien nommé Ocean Liberty explosait dans le port de Brest. Liberté, ce mot ne quittera en réalité jamais Alain James, y compris lorsqu’il décida d’embrasser la carrière d’Officier des Haras nationaux. Ce qu’il fit de manière assez originale. « J’avais trois vocations : l’agronomie tropicale, le cheval – découvert grâce à ma future femme qui montait chez Coupérie - et le vin... ce qui à Bordeaux n’était pas très original (rires), raconte-t-il. Ma mère connaissait le gérant du Château Mission Haut-Brion, un grand vignoble, qui prenait sa retraite. Il voulait bien que je prenne la suite mais à condition que je fasse l’ENITA et non l’école d’ingénieurs agro. Ce que j’ai fait. » Quelques années plus tard, l’administration lui reprocha d’ailleurs son cursus, prétextant qu’il n’était qu’ingénieur d’application, une vision diamétralement opposée au secteur privé. « Sa force, c’est l’autodérision » témoigne Laurence Cornaille, qui lui a succédé à la Direction de l’International de l’IFCE. « Avec tous les rôles qu’il a endossés, les missions qu’il a accomplies, il ne s’est jamais pris au sérieux. Il a toujours été facile d’abord, hyper simple, il rit toujours et d’abord de lui-même ». Cette ouverture d’esprit a d’ailleurs marqué ses relations avec le secteur privé, comme l’atteste Jean-Yves Camenen, qui l’accompagna en voyage lorsqu’il était directeur de l’Union nationale interprofessionnelle du cheval (UNIC). « Il avait le souci de trouver des solutions et s’adapter aux circonstances plutôt que de rester dans un cadre rigide », témoigne-t-il. 

De Djibouti au Lion d’Angers

Qu’à cela ne tienne, ce cavalier émérite formé par une figure de l’époque, Jean Vignes (écuries du Barp), obtient son diplôme en 1971 et s’expatrie à Djibouti avec un contrat de volontariat technique. « Ils avaient besoin d’un enseignant pour animer le club hippique de Djibouti ». Le jeune ingénieur parcourt pendant deux ans le Yémen, l’Éthiopie et Djibouti, dans un contexte historique particulier où les flots étaient remis par un certain Haïlé Sélassié 1er, dernier roi d’Éthiopie. L’indépendance du territoire pousse Alain James à rentrer au pays où il est immédiatement recruté par les Haras nationaux, par Henri Blanc lui-même (Directeur Général), Loïc de Villeneuve et Jacques de Royer-Dupré. « Un trio pas forcément rigolo, assez solennel » admet-il.

Il entre dans la grande maison sans passer par l’école des officiers des haras (ce qui ouvrira la brèche à d’autres comme Michel Doucet, Didier Domerg ou encore Jean-Michel Foucher) et est affecté en 1972 au Haras d’Angers pour épauler Jean-Marie Weygand dans le déménagement vers le site du Lion d’Angers (lire ici).

« C’était un homme remarquable, mon mentor durant toute ma carrière. Il avait un sale caractère avec les autres mais il m’a pris sous son aile ». Alain est alors surveillant, le n°3 du haras, et retrouve une vie tout aussi confortable qu’en Afrique. « J’ai découvert la vie des haras dans tous ses fastes », avoue-t-il. « Mon principal travail le matin était de monter à cheval, une vie de rêve ». Il apprend le métier sur le terrain, lors des tournées de signalement, chez les éleveurs, notamment de chevaux lourds. 

Ainsi naquit le Mondial du Lion…

Jean-Marie Weygand s’occupait alors du concours complet de Craon (Mayenne), là où se déroule le fameux Grand Cross. « Ils y avaient organisé un Championnat d’Europe » dit-il, « et ils m’ont demandé de reprendre l’organisation vers 1980. Très vite j’ai proposé de profiter de l’immense surface disponible au Lion d’Angers pour y déplacer le concours ». C’est ainsi que naît l’aventure du Mondial, après la tenue des Championnats d’Europe des Jeunes en 1985. D’abord national, puis international avec un CCA (Concours Complet d’Amitié), l’événement prend une nouvelle tournure sous la houlette d’Alain. « Je voulais le rendre plus grand public. C’était un pari un peu fou » admet le septuagénaire. 1987, l’association Le Lion Equestre voit le jour. « Nous sommes vite passés au niveau international mais il fallut se différencier de Saumur, à la demande de la FFE et de la région ». C’est alors que naît l’idée d’un championnat du monde des jeunes chevaux de concours complet, « ça correspondait à la vocation des Haras nationaux » insiste-t-il. En 1987 se tint le premier Critérium Mondial des Jeunes Chevaux de concours complet, inspiré du modèle anglais pour en faire une fête rurale ouverte au grand public. « Nous avions mis en place une retransmission TV avec des moyens artisanaux, ce qui ne s’était jamais vu ! ». Le cross partait alors face au château, avec un mur d’images venu des 24h du Mans pour permettre de suivre l’ensemble du parcours. L’événement devient alors ce qui fait sa force encore aujourd’hui, une manifestation ouverte au plus grand nombre, impliquant les commerçants locaux et proposant une multitude d’animations. 

Du sport au spectacle

Au départ simple classement bis d’un CCI avec une dotation spécifique, le concours se concentre rapidement sur les jeunes chevaux. Nommé directeur du Haras national de Villeneuve-sur-Lot en 1989, il laisse le Mondial du Lion avec déjà 15,000 entrées payantes. « On m’a demandé de choisir mon successeur, je suis donc allé chercher Jean-Michel Foucher, auparavant à Lamballe, qui a poursuivi l’embellissement de l’événement ». Ses compétences en matière d’organisation furent même reconnues jusqu’en haut-lieu. « Cette année-là, quand j’ai quitté le Lion, le ministre de l’agriculture a voulu sa journée du cheval. Il a confié cette mission aux Haras nationaux et comme j’étais organisateur de ‘spectacles’ avec le Mondial (rires), ils se sont dits que j’étais le mieux placé. C’est comme ça que je me suis retrouvé à organiser la première journée du cheval aux Tuileries » raconte-t-il. Et ce fut encore un succès… ! Quelle peut bien être sa recette ?

« C’est le côté Sud-Ouest ça, quand j’ai un dossier, je fais au mieux, je fonce tête baissée, comme les vachettes à qui on agite un chiffon rouge (rires). Pour le Mondial, j’avais dit à Weygand que soit je m’occupais de tout, soit on me mettait au départ du cross ». Jacques Lippens, directeur du Lion d’Angers, l’avait mis en garde. « James, on va se casser la gueule ! ». « On a décroché le premier gros sponsor de l’époque, Saumur Brut, on a vendu les images aux télévisions... c’était parti ! ». Le Mondial, c’est un peu son bébé, et ce bien qu’il ait mal vécu la célébration des 20 ans, quelque peu oublié parmi les artisans de ce qui est encore à ce jour l’un des plus grands concours complets de la planète. 

Retrouvez le second volet consacré à sa passion pour l'Anglo-arabe, l'histoire de Quercus du Maury et ses voyages autour du globe (ICI) puis le troisième volet à propos de ses nouvelles activités (ICI).