Au nom de leur notoriété
dimanche 17 janvier 2021

Cornet Obolensky et Marco Kutscher
Rares sont les personnes qui savent que le nom de naissance du crack Cornet Obolensky est en réalité Windows VH Costersveld © Scoopdyga

Entre politique libérale et protectionnisme, les questions dus changement de nom des chevaux divisent. Si les stud-books ont chacun édité leur propre règlement, qui penchent pour la plupart d’entre eux en faveur de la préservation du nom d’origine des chevaux, la Fédération équestre internationale (FEI) laisse libre cours au désir des nouveaux propriétaires.

Combien de chevaux perdus de vue, combien de performances ignorées, combien de publicité manquée du fait de chevaux débaptisés ? La frustration est grande chez les naisseurs de ces chevaux de haut niveau  qui, en changeant de bannière ou d’écurie, ont perdu tout ou une partie de leur nom ou affixe d’origine. Les exemples sont légion : il peut  s’air  de la simple addition d’un nom commercial, celui  du sponsor (H&M légende of Love, Hermès Ryan…) ou du propriétaire (Orient Express*HDC, Toveks Mary Lou ou Cristallo LM…). Mais ce phénomène peut être encore plus radical, comme en ont fait les frais Cornet Obolensky ou encore la grande gagnante de McLain Ward, Sapphire. Combien sont ceux qui savent que le bel étalon gris se  nomme en réalité Windows VH Costersveld et la championne Safari Van’t Merelsnest ? En juin 2019, sur les trente premiers du classement mondial WBFSH (Fédération mondiale des stud-books de chevaux de sport), onze avaient changé de nom, soit plus du tiers ! Ces changements de nom ne datent cependant pas d’hier, mais la pratique s’est peu à peu radicalisée. […]

En France, les éleveurs doivent se conformer aux règlements du stud-book au sein duquel ils  souhaitent inscrire leur poulain à la naissance. Cet enregistrement se fait sous l’égide de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) via le SIRE (Système d’information relatif aux équidés). Ce fichier central des équidés présents sur le territoire français constitue le registre d’état civil des équidés. Les Selle Français y sont caractérisés par la première lettre de leur nom, qui marque leur année de naissance, quand d’autres stud-books choisissent de désigner par la première lettre du nom la filiation (première lettre similaire au nom de leur géniteur) ou de le laisser au libre choix, comme pour les Anglo-arabes. À partir de ces impératifs, et dans une limite de  vingt-quatre caractères, le naisseur peut librement nommer son produit (à l’exception des noms jugés discriminants ou injurieux). En France, la pratique usuelle est de joindre un affixe d’élevage, simple ou composé. A l’étranger, certains registres se  servent de numéro. D’autres encore  impose d’accoler au nom du cheval le stud-book de naissance comme Zanngersheide (Z) ou La Silla (LS) […]

Changement illimités

Mais les motivations de changement de nom peuvent être diverses et variées, comme le raconte Christian Bihl, le naisseur de Sixtine de Vans, gagnante du Grand Prix du CSI5* de Wellington en 2016. « Quelle ne fut pas notre surprise quand nous retrouvâmes sa trace, sous la selle de Ben Maher, désormais rebaptisée Sarena », déplore l’éleveur alsacien. « Dans le cas de Sixtine, les propriétaires américains ont évoqué la connotation religieuse de son nom. Cela nous pousse à réfléchir, car c’est très dur pour nous, éleveurs, en particulier quand ce sont des chevaux d’élevage. En effet, Sixtine nous avait donné  une pouliche par transfert d’embryon, elle-même mise précocement à la reproduction. Pour les poulains issus de cette lignée, c’est une publicité en moins. On se sent démunis. Peut-être devrions-nous envisager d’intégrer une clause de protection du nom dans les contrats de vente ? Mais cela ne serait valable que pour les chevaux que nous vendons directement pour le haut-niveau, ce qui est rare… » […]

Au-delà du sentiment de travail bafoué se dessinent deux problématiques : la première, pour l’éleveur, est de perdre de vue ses produits et ne rien savoir de leurs performances. La seconde est de passer à côté de retombées commerciales potentielles pour son élevage. […] Comment les stud-books réagissent-ils, seuls ou collectivement via la WBFSH, en réponse à cette problématique ? 

Retrouvez gratuitement l’intégralité de cet article, paru dans le numéro 381 de L’Eperon, ICI