Caroline Rioche : « Nous avons vu des poulains d’une qualité exceptionnelle »
samedi 05 septembre 2020

Caroline Rioche
Caroline Rioche © France Dressage

A la tête de l’association France Dressage depuis cinq ans, Caroline Rioche n’a pas laissé la crise sanitaire liée à la Covid-19 priver les éleveurs français de chevaux de dressage d’une belle finale 2020. Traditionnellement organisées à Saumur, les finales France Dressage se sont tenues cette année au Boulerie Jump du Mans. Une première !

Si les finales France Dressage, réservées aux poulains et chevaux âgés de 0 à trois ans, se tiennent traditionnellement en parallèle des finales SHF (Cycles Classiques et Cycles Libres), fin septembre à Saumur, l’année particulière que nous vivons tous a aussi bouleversé la saison des plus jeunes futures stars du dressage. « Nous avons quand même eu la chance que nos concours de qualification se tiennent tous après le déconfinement, notamment en raison des dates de naissance des poulains », explique Caroline Rioche, présidente de France Dressage et elle-même éleveuse de chevaux de dressage. Et qui dit année particulière, dit conditions de qualifications exceptionnelles. « Nous en avons profité pour alléger un peu les modalités de qualification en acceptant des chevaux qui avaient déjà obtenu une qualification pour les finales France Dressage l’année précédente. Nous avons aussi mis en place un système gratuit de vidéos grâce auquel les éleveurs pouvaient nous présenter leurs chevaux ». Un ensemble de mesures qui a permis à cette édition 2020 des finales France Dressage de regrouper 130 engagés. « Nous espérions en avoir 100 alors 130, dans le contexte actuel, c’est une très bonne chose », s’est réjouie Caroline Rioche. Pourtant, rien ne semblait gagner d’avance dans l’organisation de ces finales 2020. « La date a changé au dernier moment et nous devions trouver un nouveau lieu pour nous accueillir ». Une fois n’est pas coutume, c’est donc au Mans que les foals, deux ans et trois ans ont évolué pour la première fois devant les juges. « Les finales SHF en dressage ont été déplacées à Fontainebleau juste avant celles de saut d’obstacles mais le site ne permettait pas d’accueillir les finales France Dressage étant donné qu’il n’y a pas de manège. Notre association étant très soutenue par la région Pays de la Loire, nous avons décidé de nous rattacher à un évènement déjà prévu au calendrier qui se tenait au Boulerie Jump du Mans ». Un choix qui s’est avéré judicieux. « Il y avait 800 engagés sur les épreuves nationales alors en ajoutant nos 130 engagés cela a donné lieu à un très bel évènement, malgré le huit clos imposé, lâche l’éleveuse. L’ambiance a été très porteuse autour des poulains, il y a eu une belle synergie entre tous les évènements, c’était très sympa ».

Vision tournée vers les poulinières

Alors si cette version inédite des finales France Dressage a répondu aux attentes de tout le monde en termes d’organisation, qu’en est-il sur le plan des résultats ? « Nous avions un peu moins de foals cette année, pour les raisons évoquées, mais la qualité était en revanche bien présente ! Nous avons un tiers des poulains qui ont obtenu de très belles notes avec une qualité assez exceptionnelle. Dans les trois générations nous avons vu de très beaux poulains et c’est de mieux en mieux chaque année ». Quel a été le rôle de France Dressage dans cette amélioration et quels sont les progrès qu’ils restent encore à faire dans le domaine de l’élevage de chevaux de dressage en France ? « Nous avons permis aux éleveurs d’avoir accès à une génétique haut de gamme avec ce qu’il se fait de mieux comme étalons à l’étranger. Des étalons qui sont labellisés France Dressage et approuvés Selle Français. Je pense que l’axe d’amélioration majeur est désormais tourné vers les femelles. Nous devons aider les éleveurs à avoir les meilleures poulinières possibles mais ils doivent aussi apprendre à faire tourner leur génétique plus rapidement ». Et le dressage est une discipline qui évolue très vite. « Il y a quelques années, il fallait que cela jambette alors qu’aujourd’hui, les poulains doivent pousser derrière en pliant les jarrets, que cela propulse et frappe le sol. Le look évolue aussi avec des chevaux plus sport », insiste Caroline Rioche en poursuivant, « ce sont quand même les juments qui font 70% du poulain ! Il faut donc que les éleveurs utilisent la jeune génétique pour les juments aussi. Nous avons beaucoup travaillé avec le studbook Selle Français, qui ne faisait pas la promotion du cheval de dressage. Il fallait changer les mentalités des éleveurs. Qu’ils comprennent qu’un bon cheval, qu’il soit né KWPN, Oldenbourg ou Selle Français, sera vendu ! Et d’ailleurs, les derniers chiffres ont prouvé que dans les Cycles Libres, 80% des chevaux engagés sont nés et ont été achetés en France. Cela veut dire que le marché du cheval de dressage nés en France se porte bien et ça c’est une très bonne nouvelle »

Fontainebleau, Saumur ou Le Mans

Et les progrès enregistrés chez la plus jeune génération sont désormais visibles chez les générations suivantes. « Nous souhaitions qu’il y ait une continuité, que cela ne s’arrête pas aux 0 – 3 ans, c’est pour cela que nous avons créé l’opération Jeunes Talents avec la SHF. Nous sommes très heureux de voir aujourd’hui des poulains qui sont passés par France Dressage poursuivre une carrière sportive sur le circuit SHF », lâche la présidente qui rêve de voir de plus en plus de chevaux passés par France Dressage accéder aux championnats du monde Jeunes Chevaux. Alors, avec une année 2020 particulière et l’organisation des finales France Dressage pour la première fois au Boulerie Jump du Mans, que pouvons-nous attendre pour 2021 ? « Aujourd’hui, je suis incapable de dire si les finales France Dressage et SHF se retrouveront couplées l’année prochaine. La volonté de l’IFCE de ne plus participer à l’organisation de manifestations sportives nous complique bien la vie mais en parallèle, le site de Fontainebleau se développe puisqu’une nouvelle piste et un manège devraient être construits pour l’année prochaine. Nous avons aussi reçu un accueil formidable par l’équipe du Boulerie Jump avec Philippe Rossi et Claire Mozat, dans des conditions appréciées de tous, analyse Caroline Rioche avant de conclure, quelque part, cette année particulière nous a permis de tester de nouvelles formules donc nous devons désormais dresser un bilan de tout cela ». 

Une chose est sûre, l’envie de voir briller l’élevage français de dressage au plus haut niveau anime toujours autant Caroline Rioche. L’histoire n’est donc pas terminée !