Chacco-White, le phénomène belge du moment
mercredi 31 mars 2021

Chacco-White
Chacco-White © Cyrielle Temmerman

Hanovrien de 4 ans, Chacco-White (Chacoon Blue, Meckl x Spartacus, Hann x Calido, Holst) a été la surprise de la saison de monte 2020 en Belgique. En pleine crise sanitaire, il a su séduire pour sa première saison plus de 200 juments issues de certains grands noms de l’élevage belge et européen. A chaque fois qu’un étalon réussit, les mêmes critiques fusent : souche pas assez fournie, produit marketing… Autant de bonnes raisons de partir à sa découverte avec son cavalier, Gilles Botton, qui l’a déniché au Hanovre alors qu’il n’avait pas encore 3 ans.

« Je l’ai remarqué dès la première sélection aussi bien sur photo que sur vidéo. Du coup, quand je me suis rendu à la Körung où nous présentions un étalon de dressage, j’ai suivi attentivement ce cheval dès le premier jour. Il m’a beaucoup plu dès le début mais c’est surtout au travail à la longe qui est, je trouve, l’atelier où l’on peut le plus se projeter vers le travail sous la selle, qu’il est véritablement sorti du lot », raconte Gilles Botton.  

Reste encore à l’acheter ! 

Le cavalier belge a beau être persuadé du talent du jeune gris, il faut encore pouvoir l’acquérir, ce qui ne semble pas chose facile d’autant qu’il n’est pas le seul à avoir remarqué le phénomène. « Je l’ai de suite proposé à mon patron, Xavier Marie, puis à plusieurs personnes qui m’avaient demandé de regarder pour eux … mais personne ne s’est montré très enthousiaste. Je me suis dit qu’il fallait quand même qu’on essaie de l’acheter… mais les choses se sont compliquées quand j’ai vu les hommes de Paul Schockemöhle s’y intéresser de très près. Ce fut finalement mon jour de chance car un peu plus tôt, il y a eu un problème dans la vente à propos d’un cheval de dressage et toute l’écurie Schockemöhle s’est levée et est partie … cela faisait un gros acheteur en moins pour le cheval … la chance nous a souri. » Pourtant, personne n’imagine encore une carrière de reproducteur à succès car à ce moment-là, l’idée est très claire : il ne saillira pas ! « Je l’ai acheté pour ses qualités sportives ! Je n’ai en aucun cas décidé d’acheter un étalon pour faire la monte. Lorsqu’il est arrivé au haras, je l’ai fait sauter quelques fois et il a de suite confirmé le bien que j’en pensais. Nous avons commencé à avoir des demandes pour des saillies … mais dans un premier temps, j’ai décliné. J’ai continué à avoir quelques demandes. J’ai alors dit que je voulais d’abord le faire sauter monté et s’il sautait de la même manière sous la selle, j’y réfléchirais. Lorsque j’ai fait mes premiers sauts sous la selle, je dois avouer que j’ai eu un sentiment comme je n’avais jamais eu sur aucun autre cheval avec qui je sautais pour la première fois ! J’avais d’ailleurs prévu de le faire sauter une seconde fois mais c’était tellement bien que je ne voulais pas lui en demander plus. Il avait tout ce qu’on veut chez un cheval de sport moderne !» continue Gilles Botton. 

Direction la Belgique ! 

L’idée a fait son chemin. Le gris va avoir droit à une année de monte en frais. Il rejoint la Belgique et les écuries de Xavier Hanneton dans le Hainaut. « Xavier souhaitait un étalon supplémentaire. Je savais que j’aurais des nouvelles du cheval et qu’on le respecterait. Mon but était de lui permettre de faire ses preuves et d’avoir sa chance en tant qu’étalon. Nous pensions faire 30 voire 40 juments. Lorsque nous avons mis la vidéo en ligne, j’ai tout de suite compris qu’on risquait de dépasser nos objectifs. Nous avons eu d’emblée de grands éleveurs qui nous ont fait confiance comme l’élevage de Jarsay, du Rouet, de Kreisker, de la Marchette de Grégory Wathelet et même la famille Nijhof. Je tiens vraiment à remercier toutes les personnes qui lui ont fait confiance. On n’avait jamais imaginé qu’il aurait l’occasion de saillir 200 juments. Les dix premiers produits semblent leur donner raison car ce sont de beaux poulains avec de grandes jambes. Néanmoins, cela ne change rien à mes plans qui restent de l’amener au haut niveau. Lorsqu’il est rentré au haras, nous avons travaillé pour préparer la saison car pour moi, il était important qu’il fasse les quatre ans. Mais je me suis vite retrouvé face à un dilemme : il savait lire et écrire avant l’heure et tout était simple pour lui. Alors j’ai décidé de lui permettre de faire une saison de plus en tant qu’étalon mais cette fois, c’est vraiment la dernière en frais ! Il a beau faire tout facilement, il faut qu’il prenne de l’expérience. Il fera aussi des erreurs, des fautes, voir des dérobades : il a un cursus à apprendre. Sa chance en tant qu’étalon, il l’a méritée grâce à ses qualités » explique son cavalier. 

Un esprit bon enfant payant ! 

Comme souvent, lorsqu’un étalon réussit, la critique d’un marketing trop bien affûté fuse. Depuis de nombreuses années, les étalonniers « papier glacé » s’opposent à ceux « du cru » proches de leurs éleveurs mais la crise sanitaire a redistribué les cartes et ici, ce sont les réseaux sociaux et le buzz des vidéos qui ont fait parler. « J’ai pris les critiques avec un certain amusement. Je fais toujours des vidéos de mes chevaux et je les partage régulièrement sur les réseaux comme de nombreuses personnes. Alors oui, pour Chacco-White, j’ai payé de la publicité sur Facebook comme on nous le propose régulièrement. Sur toute la saison, j’ai dépensé … 250 euros en tout et pour tout ! Honnêtement, c’était une première pour moi et je n’ai pas beaucoup de comparaison mais ça ne me semble pas être une campagne de publicité très agressive. Par contre, je pense que ça a beaucoup plu aux gens de voir un trois ans sous la selle. Les gens ne sont pas dupes. Un cheval montrant de telles qualités avec un tel modèle, ça leur a plu tout simplement. J’ai aussi essayé d’être le plus transparent possible cet hiver après la belle saison de monte que nous avions connue en leur montrant l’évolution du cheval. Nous n’avons pas sauté beaucoup mais j’ai mis chaque séance en ligne. Je trouvais que c’était important après avoir reçu la confiance des éleveurs. Au final, je ne pense pas avoir fait plus qu’un autre mais la qualité du cheval a fait la différence. » raconte Gilles Botton qui balaie tout aussi vite les critiques sur une souche maternelle inexistante. Il faut bien avouer qu’en y regardant de plus près, on trouve rapidement une souche fournie en gagnants internationaux avec notamment Chagannus (WalterGabathuler/SUI, 1,50m), Quick Jumper (Andreas Kreuzer/GER), sans oublier Cadensky, Conquest of Paradisio ou encore Eternity D qui ont tous évolué sur 1,45m. Plus insolite encore, il s’agit également de la souche du crack de dressage Rusty qui fut médaillé d’or par équipe et de bronze en individuel lors des JO de Sydney sous la selle d’Ulla Salzgeber (GER). « Lorsque nous avons acheté le cheval, on m’a tout de suite dit en Allemagne qu’il venait d’une très bonne famille et quand les critiques sur sa souche sont sorties, je ne m’en suis pas vraiment tracassé. Finalement, j’ai compris que les gens regardaient essentiellement sur Horsetelex et Hippomundo mais il faut bien se rendre compte que si ces sites travaillent avec certains stud-books, ils ne collaborent pas avec le Hanovre. Pour les gens, si la souche n’existe pas sur ces sites, c’est qu’elle n’existe pas. Je me suis donc renseigné auprès du stud-book hanovrien et j’ai appris que sa mère avait participé au testage et avait reçu des notes de 8,5 au saut alors que sa grand-mère avait tourné en jeunes chevaux en remportant des épreuves 1,30m durant ses jeunes années. Dans la souche, on trouve une petite dizaine de chevaux évoluant entre 1,45m et 1,60m. Il s’agit donc bel et bien d’une lignée très correcte qui change de celles à la mode. Je pense qu’aujourd’hui, on cherche des chevaux simples et pratiques comme lui. Il y a encore beaucoup d’étape à passer et je me réjouis déjà d’être dans deux ans pour voir ses poulains 2021 sauter. »