Clinton, une success-story à rebondissements (1/2)
samedi 18 avril 2020

Clinton
Clinton © Scoopdyga

Quatrième des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, Clinton a ravi bien des coeurs sur les terrains de concours avant de laisser derrière lui une production non moins remarquable. Derrière ces chevaux hors-normes se cachent parfois une histoire tout aussi exceptionnelle.

Les amateurs d'élevage connaissent l'importance de la souche maternelle d'un cheval. Celle de Clinton, en plus d'être riche de bons sportifs, est culturellement liée à l'histoire de l'Allemagne. L'Eperon propose un petit retour en arrière. Pour mieux se situer, son arbre généalogie sera des plus utiles (voir ici).

Le Trakehner, des origines guerrières

Au premier coup d’oeil lancé sur les origines de Clinton, les noms de Corrado I, Masetto, Landgraf I et Raimond sautent aux yeux. Dès lors, on pourrait le penser pur produit du Holstein, il n’en est rien. Sa souche maternelle est en réalité trempée de sang Trakehner. Cette race est née au XVIIIe siècle dans la Prusse Orientale (une province allemande aujourd'hui disparue qui se trouvait entre la Pologne et la Russie, ndlr) en mêlant des chevaux locaux aux pur-sang anglais et pur-sang arabe. La sixième mère de Clinton était une Trakehner. Elle s'appelait Leonore (Bürge x Pirol), elle était née en 1935 chez M. Jonat.

Il est toujours intéressant de souligner à quel point l’histoire, la politique et l'élevage sont étroitement entremêlés. L’histoire du Trakehner ne fait pas exception. A l’époque, le Haras national de Trakehnen était le plus important d’Europe avec 1200 chevaux et plusieurs « farms » privés regroupant un total de 25 000 juments et 1000 étalons. En 1944, l’armée russe s’est rapprochée de l’est de la Prusse, qui appartenait à l’Allemagne. En janvier 1945, la situation était devenue dangereuse. Pour protéger les chevaux, les gérants du Trakehnen ont entamé un voyage désespéré et totalement fou sur plus de 10 000 kms vers l’ouest en passant par la mer Baltique et les lagunes de la Vistule. Sur les milliers de chevaux cités ci-dessus, peu ont survécu, le nombre varie entre 1000 et 1500 selon les estimations. L’un d’eux étaient Leonore. En Prusse de l’est, elle était déjà considérée comme étant une jument de grande qualité. Juste avant le départ, elle avait été saillie par Lachteufel, un étalon reconnu de l’élevage Birkenfeld d’où provenait Gimpel, double médaillé d’or en dressage aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Peu épargnée par le voyage, elle s'est retrouvée à tirer un chariot aux côtés d’une autre jument. Elle est pourtant parvenue à Schleswig-Holstein (l'état allemand situé le plus au nord, ndlr) là où bien d’autres sont morts et le tout, en restant pleine. De cette folle histoire est née Loni, la cinquième mère de Clinton. Pour le meilleur et pour le pire, les descendants de Leonore ont été marqués par une grande force de caractère. Peu étonnant finalement...

Une souche testée et performante

La suite de l’histoire est moins rocambolesque. En 1952, Loni a donné naissance à Luna, une fille de Totilas (Pythagoras x Pilger). Lui était âgé de sept ans au moment du Grand Trek. Il est resté l’un des étalons marquants de la race. Pour reprendre le livre Adel Verpflichtet écrit par Claus Schridde : "Totilas était un étalon incroyablement améliorateur. Il a donné à sa production une très belle tête reconnaissable". Luna s’est révélée être une bonne sportive. Dans les années 60, elle a rejoint un jeune cavalier allemand appelé Harm Thormählen. Il se souvient : "Cette jument était très spéciale. J’ai une photo d’elle où je saute les championnats allemands à Berlin. C’était juste avant que le mur ne soit érigé, le monde était vraiment chaotique. Avant moi elle tournait déjà sur 140, mon père me l’avait achetée pour que je fasse les Juniors. Elle était très intelligente, super à monter, et je me souviens qu’elle avait une très bonne bouche. Elle a ensuite donné naissance à trois filles : Lucretia par Frivol xx, également compétitive sur 140, Legende par Marlon xx puis Brischka."

A son tour, Brischka (Raimond) a produit plusieurs chevaux qui ont évolué sur 120. La meilleure d’entre eux fut Ohra (Landgraf I), connue dans le sport sous le nom de Olympia 24. Peter Claussen, alors gestionnaire de l’élevage à Haidkoppel, se souvient : "Nous avons acheté Brischka au marchand Reimers. La fille de Brischka, Ohra, était une jument hors-norme. Elle avait du type et elle était très moderne pour l’époque. Elle a concouru sur 150 sous les selles de Karsten Huck et Dirk Schröder. Nous l’avons achetée après qu’elle soit sortie en concours." Karsten Huck se montre tout aussi élogieux quand il parle de cette jument : "Je l’ai montée en 1984 et 1985. C’était une très belle et grande jument, elle avait bon caractère. Dirk Schröder l’a montée après moi et elle a très bien sauté avec lui. Elle avait vraiment envie de réussir, elle voulait toujours être sans-faute et elle avait beaucoup de moyens. Elle aurait toutefois pu avoir un meilleur galop. Dans les sauts, elle était un peu raide dans le dos." Croisée avec Masetto, elle donnera Urte I, la mère de Clinton qui sera vendue très jeune à Rudolf Wieck. C'est là que se séparent les histoires de Clinton et de l'Allemagne. Le fils de Corrado changera plusieurs fois de propriétaires après le sevrage jusqu'à ce qu'il soit acheté par le Néerlandais Henk Nijhof et le Belge Hubert Hamerlinck. Ces deux-là construiront pas à pas la carrière de Clinton. 

Retrouvez la suite de cette saga consacrée à Clinton : ICI. Cette seconde partie parlera de ses débuts compliqués et de son accession au plus haut niveau.