Clinton, une success-story à rebondissements (2/2)
lundi 20 avril 2020

Dirk Demeersman et Clinton Athènes 2004
Clinton et Dirk Demeersman aux Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, le plus beau moment de leur carrière © Scoopdyga

Quatrième des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, Clinton a ravi bien des coeurs sur les terrains de concours avant de laisser derrière lui une production non moins remarquable. Derrière ces chevaux hors-normes se cachent parfois une histoire tout aussi exceptionnelle.

Clinton est donc né en 1993 du croisement entre Corrado I et Urte I (voir notre précédent article consacré à l’étude de sa souche maternelle ici). Son naisseur Rudolf Wieck l’a vendu foal et, de fil en aiguille, il est devenu la propriété de Henk Nijhof (de la société éponyme) ainsi que de Hubert Hamerlinck (élevage Van De Heffinck). Toute la famille Hamerlinck garde un bon souvenir de lui : « Clinton était très spécial pour nous. Avec Fuego du Prelet et Orlando, il nous a aidés à nous faire connaître dans le monde entier. Ce sont les étalons comme lui et Heartbreaker qui ont marqué l’élevage et particulièrement en Belgique. » Aujourd’hui encore, ils restent attachés au sang de Clinton. « Nous possédons Prestige van het Kluizebos en co-propriété avec un ami. Il a été approuvé BWP et vient de la même souche maternelle puisque sa mère est la propre soeur de Clinton. »

Du côté de Henk Nijhof sr. et de Jeannette Nijhof c’est le même son de cloche. Leurs yeux brillent quand ils se remémorent les souvenirs de ce beau gris. « Il s’agit d’un étalon que l’on ne rencontre qu’une seule fois dans sa vie », confiaient-ils. Il a toutefois fallu du temps, beaucoup de temps, avant d’en faire un crack. Rien n’aurait été possible sans un cavalier belge, Dirk Demeersman

Dirk Demeersman, le cavalier d’une vie

« Clinton a toujours eu beaucoup de caractère, même étant jeune, cela le rendait inadapté au système KWPN qui fait loi aux Pays-Bas. Nous l’avons donc envoyé en Belgique chez Hubert Hamerlinck, comme nous l’avions fait avec Heartbreaker », expliquait Henk Nijhof. A cinq ans, Clinton débarque finalement dans les écuries de Dirk Demeersman. « Ces deux-là se sont trouvés. Dirk était le cavalier parfait pour Clinton. Je pense qu’il aurait été très difficile de trouver un autre cavalier capable d’avoir les mêmes résultats avec ce cheval. Clinton était un génie, il montrait des qualités incroyables. Dirk savait comment le faire briller, même si ce ne fut pas facile », raconte Stefaan Delabie, célèbre éleveur belge qui a récupéré la propre soeur de Clinton, MS Franziska.

Dirk Demeersman n’a pas eu la vie facile au début. A quatre ans, l’étalon avait été confié à Philip de Wandel, un très jeune cavalier qui avait du mal à le contrôler, puis au Néerlandais Peter Geerink qui avait monté Heartbreaker auparavant. « Du jour au lendemain, il a voulu changer le cheval. Là, Clinton a craqué mentalement, il ne voulait plus rien faire. C'est resté dans sa tête », confiait Dirk lors d’une interview pour Studforlife. Pourtant, lorsqu’il monte dessus pour la première fois, à cinq ans, il a tout de suite senti quelque chose de spécial : « J’ai sauté un tout petit vertical, mais j’ai su que c’est avec lui que je voulais aller aux Jeux Olympiques ! Ce n’était pas très  réaliste parce qu’il avait un caractère  très fort et une bouche spéciale. Contrairement à ce que beaucoup de personnes ont pu penser, elle était très légère et sensible. »

Alors tout doucement, Dirk construit son crack. A cinq et six ans, il court quelques épreuves avec un succès relatif. Le déclic se fait véritablement à sept ans. « Une compétition dédiée aux étalons était organisée en janvier à Aix-la-Chapelle. Le  premier jour il a sauté sa première 150 et wow ! Il a été double sans-faute et termine 5ème au milieu d’autres étalons plus âgés, c’était un super moment ! Ma première  bonne impression a été confirmée. L’hiver, je l’ai emmené sur des concours à Vienne, Londres et Malines comme deuxième ou troisième cheval dont il est toujours revenu avec un flots. » A huit ans, sa carrière sportive est mise entre parenthèses puisqu’il se consacre entièrement à la monte. Il reprend en octobre à Helsinki où il participe au Grand Prix (il en est sorti avec huit points, ndlr). De là, il se lance dans le grand bain et récolte de bons résultats, bien qu’un peu hétérogènes, et se fait sa place au sein de l’équipe belge.

L’épopée olympique

En 2004, Clinton est âgé de onze ans, il est en pleine force de l’âge et les Jeux Olympiques d’Athènes se profilent lentement. En tout cas, Dirk Demeersman y croit. Avant le départ, la question du mode de transport se pose : tous les chevaux doivent prendre l’avion, ce que Clinton n’a jamais fait. « Il n’aimait pas les transports. Une fois j’ai dû m’arrêter sur la route de l’Espagne pour appeler un vétérinaire et lui donner quelque chose pour le calmer parce qu’il était en train de retourner le camion. Plus tard, nous avons aménagé le camion différemment et il a très bien voyagé. » Le Belge n’est donc pas prêt à laisser son crack emprunter la voie des airs, tant pis ce sera donc le camion et grand bien lui a pris puisqu’ils finiront quatrièmes en individuel. Cela restera leur plus bel accomplissement même si d’autres d’autres suivront à l’image de leur deuxième place dans le mythique Grand Prix d’Aix-la-Chapelle en 2005. C’est d’ailleurs là-bas que sa carrière  prendra fin. En 2006 lors des JEM, Clinton souffrait de fièvre et Dirk s’était blessé. Après cet épisode, ses propriétaires ont donc décidé de le consacrer uniquement à la reproduction, domaine où il a excellé. 

Une descendance à sa mesure

Les années passant, Clinton est devenu un chef de race incontestable. Beaucoup ont très bien tourné à haut-niveau. Citons par exemple Clinta, médaillée d’or par équipe aux JEM de Tryon avec McLain Ward, ou bien Dame Blanche Van Arenberg, l’ancienne jument de Pénélope Leprevost, ainsi que les champions de France, Uitlanders du Ter et Cliffton*Belesbat.

Clinton a engendré plus d’une cinquantaine d’étalons dont Eldorado van de Zeshoek TN (père de Killer Queen VDM, la nouvelle star de Daniel Deusser), President, Tobago Chevrier, Conquistador… Le plus célèbre d’entre eux est bien évidemment Cornet Obolensky, gagnant international sous la selle de Marco Kutscher et père d’un nombre incalculable de performers dont le champion d’Europe Clooney, ou bien Cornet d’Amour, Cornado NRW, Comme Il Faut, Balou du Reventon… De manière générale, Clinton s’est bien marié avec les filles de Heartbreaker. Cela a donné Cornet Obolensky mais aussi Ugano Sitte. « Il ressemblait beaucoup à son père en terme de qualité mais il avait un bien meilleur caractère. Malheureusement, le destin en a décidé autrement et il est mort très jeune (il s’est brisé la jambe en longe, ndlr). Pour autant, je suis sûr qu’il aurait aurait été excellent », confiait Dirk qui s’est avoué assez malheureux avec les produits de Clinton. 

Ce dernier s’est finalement éteint à l’âge de vingt-quatre ans, non sans avoir reçu une dernière visite de son cavalier fétiche. « Quand nous avons appelé Dirk pour lui dire que Clinton avait des problèmes de santé, il est venu tout de suite. Nous nous sommes assis en face de son box et nous nous sommes remémorés des souvenirs », raconte la famille Nijhof. Dirk ne fera qu'acquiescer : « Clinton était vraiment hors-normes ».