Elevage Duff, connemara saga !
vendredi 09 avril 2021

Louis-Marie Philibert et Nolan Duff
Louis-Marie Philibert et Nolan Duff © Lucile Chavane

C’est en Haute-Loire que le clan Philibert a, depuis 48 ans, construit un des piliers de l’élevage du poney Connemara en France. De Mac Duff, premier étalon importé, à Nolan Duff, les « Duff » n’ont jamais cessé d’être présents sur les terrains de concours. Très attaché au berceau de race, le couple poursuit encore aujourd’hui sa sélection tournée vers le sport.

Nous sommes au début des années 70. Issu d’une famille de cavaliers, Louis-Marie Philibert pratique le saut d’obstacles en Pro2 et le complet en 3e série. Jeune marié, il décide d’interrompre sa pratique du concours. C’est alors qu’avec quelques amis, il rencontre Henri Blanc, directeur général des Haras. Visionnaire, celui-ci leur suggère de se lancer dans l’élevage de poneys : « vous devriez élever des poneys, dans quelques années, ça deviendra à la mode. Quelle race vous plairait ? ». « Quand j’étais enfant, mes parents m’envoyaient en Angleterre et je montais dans un centre hippique un certain Paul, poney connemara dont j’avais gardé un très bon souvenir. » C’est ainsi que Louis-Marie embarque sa famille dans la grande aventure.

Les Haras s’en mêlent !

« On va vous donner une personne pour vous aider à choisir vos poneys ». Adrien Drion, contrôleur général des Haras devient ainsi leur conseiller technique. En août 73, la fine équipe se rend au Dublin Horse Show et achète une vingtaine de juments ainsi qu’un étalon, Murrisk, CO (Mac Dara, CO) pour le compte d’un groupe d’éleveurs. Les Haras prennent en charge le coût du transport, dans le but de lancer l’élevage du poney de sport en France. Les poneys arrivent en septembre. L’été suivant, la famille Philibert retourne à Clifden dans le but d’acquérir leur propre étalon, certaines de leurs juments présentant une consanguinité avec Murrisk. Ainsi Mac Duff, CO (Dun Aengus, CO), champion des étalons ce jour-là, prend le chemin de la France. Et donnera son nom à l’un des élevages fondateurs de la race en France ! 

Les premiers champions !

1975, Mac Duff représente le Connemara au salon de l’agriculture. 1976, la Fédération française des éleveurs de poneys, présidée par Yvan de Curraize, organise les premiers concours régionaux. L’élevage Duff remporte presque tout. Au salon du cheval, la finale de race, jugée par l’Irlandais Michael Clancy (Atlantic Stud), se compose de quatre classes. Mac Duff remporte celle des étalons âgés de 10 ans et plus, et Windy Cove Chum, CO (Carna Bobby, CO), importée au dernier voyage, celle des juments de 4 à 10 ans ! Le Championnat suprême rappelle les quatre premiers de chaque section, Windy Cove Chum est sacrée Championne suprême ! En 1981, le Clifden Show sera l’occasion de s’offrir le premier étalon à être exporté d’Irlande après avoir été champion suprême de la race : Fort Doolin, CO (Rory Ruadh, CO). 

 « J’ai toujours été un homme d’étalons »

Après Murrisk, Mac Duff, Fort Doolin pour ramener de la taille, le prochain objectif était de trouver un étalon qui ramènerait des allures. « J’avais le souvenir d’un mâle vu en 74 qui avait gagné la classe des yearlings : King’s Ransom, CO (Killireagh Kim, CO). » Son père était considéré comme le meilleur fils de Carna Bobby, CO (Gil, CO). Ayant entre-temps été vendu en Angleterre, King’s Ransom est racheté après avoir gagné le « Prix de famille », 3 de ses produits ayant remporté leur classe au championnat national. Toutes ses filles furent des juments exceptionnelles, à commencer par Chesterfield Duff dont la production foisonne de poneys indicés, et qui fut la ponette dotée du plus grand nombre de points PACE (11,5). On ne citera que John Player’s Duff, CO (Quimper III, CO) IPO 153, Havane, CO (Garryhinch Mill Race, CO), Kent, CO (Quimper III, CO), Lucky Duuf (Vandale Daf, CO), Gauloise Bleue, CO (Quimper III, CO), Orphée, CO (Cyrano Pondi, CO), ou encore Memphis, CO (Vandale Daf, CO). Sa sœur A Big Gaelle – « que je n’ai jamais pu sortir en modèle et allures pour valider ses points PACE car elle poulinait toujours tard » - a également produit toute une série de gagnants : Union Jack, CO (Garry, CO), Theo, CO (Garry, CO), Stella, CO (Quimper III, CO), Liam, Harry, Grimm tous trois par Quimper III, Eloise, CO (Garryhinch Millrace, CO). King’s Ransom était doté d’un modèle sport, un peu léger. Pour ramener du type, Garryhinch Millrace est importé à l’élevage en 88. Il fut champion suprême en 1995 et produisit entre autre Kieran Duff, IPO 159 en 2010. Ce sera le dernier étalon importé par Louis-Marie.

Etalons « made in Duff »

Par la suite, le clan Philibert produisit ses étalons, toujours dans une optique sport : Nipon II, vendu aux Haras, père de produits de Grand Prix, propre frère de Quimper III qui donna des poneys exceptionnels, tous indicés, dont Prince de Joux, IPO 153, également Liam John Player’s. Puis il y eut Quillon, CO (King’s Ransom, CO), Rooky Duff, CO (Mac Duff, CO) champion des 4 ans, Vent Fou Duff réserve champion en 96, sorti en A chevaux et Six Pence Duff champion suprême en 2003, tous deux par Fort Doolin. Et enfin l’actuel étalon maison : Nolan Duff, CO (Garry, CO) IPO 150, étalon acheté poulain, issu d’Oona Duff, une jument née à l’élevage vendue pleine.

Du sang, du modèle mais bonne tête

Avec Windy Cove Chum, le choix des juments a dès le départ été basé sur un type sport. « De nos 9 juments nous n’avons conservé que trois souches. C’est leur production qui nous a orientés. » Les lignées retenues étaient celles de Windy Cove Chum avec Holy, sa fille par Finney Master (mère de Nipon II et de Quimper II), Jonquille (Ballydonaghballybritbobby,CO), Eloïse, issue de la lignée de Chesterfield, et d’A Big Gaelle Duff. Elles constituent les piliers de l’élevage. Si ses produits sont largement reconnus en concours d’élevage puisque « avec 9 participations au championnat de race, nous avons été trois fois champion suprême et une fois réserve champion », Louis-Marie a pour objectif de produire pour le sport. C’est sur les grands circuits qu’on les retrouve aujourd’hui encore, après une étape obligatoire de valorisation par les cycles classiques. Les récents performeurs ont ainsi pour nom Dardjeeling Major, COPB (Grimm Duff, CO) IPO 135/2020, ou Douglas Duff, CO (Topaze d’Allagnon, CO), champion des 6 ans en Auvergne Rhône-Alpes et qui a entamé les As poney 2. On retrouve également les filles de Grimm Duff, Bastille Duff et Djolhy Duff (toutes deux en Poney 1), ainsi que les filles de Nolan Duff, Glawdys Duff, CO (qui débutera une saison de 5 ans après avoir tourné en dressage en 2020) et Happy Dream Duff, CO. Les générations montantes s’annoncent prometteuses avec notamment les produits de Nolan, Irish Princess, Jalna, Kiss Curl, Kerry Wind, ou encore Jayson (Douglas Duff). Ils devraient assurer la relève et continuer à faire briller les couleurs de l’élevage. “Only the best is good enough” (seul le meilleur est assez bon) : ainsi parlait un vieil éleveur irlandais à Louis-Marie Philibert, un adage que l’élevage Duff a su mettre à son profit ainsi qu’à celui de la race à laquelle il a tant apporté.