Elevage des Londes – Laurent Le Tourneur : les rêver et les faire naître !
vendredi 14 mai 2021

Syrius de Mai et Goliath des Londes
Syrius de Mai et Goliath des Londes © Aline Le Court

En 1988, le jeune Laurent Le Tourneur démarre son petit élevage avec sa ponette New Forest de concours. Aujourd’hui, aux Hautes-Londes, dans le Calvados, on peut se targuer d’avoir fait naître plus de 150 poulains, dont un grand nombre font honneur à leur naisseur tant en production que par leurs résultats.

Depuis toujours, la famille Le Tourneur utilise des chevaux de travail sur l’exploitation agricole. Tout naturellement, génération après génération, on se lance dans un peu d’élevage en sélectionnant les meilleures juments que l’on croise avec des étalons pur-sang ou trotteur. Les parents du petit Laurent élèvent ainsi pour le plaisir des Cobs Normands pour l’attelage. Laurent commence à monter à poney dès l'âge de 5 ans. Ses années concours s’effectueront avec Silverlea Jecica OITP, New Forest mâtinée d’arabe. A 12 ans, il passe à cheval. Sa passion pour le poney l’incite à céder à la tradition familiale, passion dont il ne fera jamais son métier. Il se lance en 1986. « J’avais conservé ma ponette de concours Jecica que j’ai mise à la reproduction. J’avais repéré un super petit New Forest, Ashurst Vagabond (Wonderlad of Matley, NF). Ainsi naquit ma première ponette plein-papiers : Annaïs des Londes, PFS qui démarra mes filles en concours et devint le pilier de l’élevage »

Syrius, la bonne étoile

En 1998, une technicienne du Haras de Saint-Lô, Anne Saison, informe Laurent du prochain départ à la boucherie de l’étalon Syrius de Mai, PFS (Pandi, Ar) réformé suite à un problème de vertèbres lors d’une récolte. L’éleveur saute sur l’occasion et récupère l’étalon. Celui-ci laisse tout de même 217 produits indicés sur 470 enregistrés et en a produit notamment 19 pour l’élevage des Londes dont Roi des Londes, OC (IPO 147/2012), Hermès des Londes, PFS (IPO134/2000), et Goliath des Londes, PFS (IPO 134/2000), ces deux derniers (étalons) issus, comme Mister des Londes (IPO 114/2008), de la bonne  Annaïs.

Parmi ces frères utérins, Goliath est celui au palmarès le plus fourni : finaliste CCJP CSO à 4, 5 et 6 ans, père de six produits Champions de France, ainsi que de 130 produits indicés sur 238 enregistrés dont 44 pour l’élevage des Londes, avec 25 indicés à plus de 120, 9 au-dessus de 130 et 4 au-dessus de 140. Aujourd’hui, Goliath coule une pré-retraite bien méritée, se limitant à 10 juments l’an dernier et 5 cette année. 

Au chapitre des choix iconoclastes, Laurent s’offrit aussi une « fantaisie » en croisant une ponette OI type Shetland, Déesse des Londes, dotée d’un coup de saut exceptionnel, avec Ukase de Terrefort, W (Oxford Oliver, WB) afin d’obtenir une petite taille. En 2005, naît Rosace, OC de 107 cm. L’œil de l’éleveur avait vu juste ! Elle gagne le Championnat de France des poneys de 3 ans B, alors qu’elle est A, puis plusieurs titres de Championne de France en CSO A élite et en CCE, gagnante à plusieurs reprises du Derby du Salon du Cheval de Paris, et surtout un IPO 163, IPC 144 et IPD 130 sur la même année, ce qui n’a jamais été fait par un autre poney ou cheval.

Après Goliath, Boston

Indianapolis II, SF (Socrate de Chivre, SF), sœur utérine de Noblesse des Tess, SF (Cumano, Holst) ISO 176/2012, médaillée de bronze par équipe et 4e de la finale individuelle aux JO de Londres 2012, ne produisait pas bien en chevaux. Laurent Le Tourneur décide alors de l’adresser à son étalon "maison" Goliath. Naît de cette union Boston des Londes, doté d’un caractère exceptionnel, d’une superbe locomotion avec beaucoup d'équilibre qu'il transmet à ses produits. Très performant sur les barres, avec un joli geste et un super passage de dos. « Je l’utilise principalement en inbreeding de deuxième génération sur des mères par Syrius. » Comme son père, Boston affiche un palmarès enviable : Champion de Normandie des mâles de 2 ans, agréé étalon à 3 ans au Sologn'pony, Champion de France CSO SHF des 4 ans D en 2015 (Elite), puis Excellent à 5 ans avec 10 sans faute, et enfin 11 SF/13 parcours en CCJP 6 ans. En 2018, il participa aux épreuves Future Elite 7 ans, et se qualifia pour la finale. Il signa des sans faute en épreuves amateurs chevaux 115/120 et en épreuves ponam. En 2019, il évolua sous la selle de Margot Lorin en épreuves ponam, sans faute et classé en As P2 lors de la Super As de la TDA de Saint-Lô. En 2020, toujours sous la selle de Margot, Boston gagne en P Elite, en As P2 et se classe en 110 chevaux avec 90% de sans faute. Aujourd’hui, il continue à tourner en assurant sa carrière de reproducteur. Il vit au Pôle hippique de Saint-Lô, au milieu des juments du club. La relève est d’ores et déjà prévue avec Iowa des Londes, PFS, futur étalon, produit de la propre-sœur de Boston et de Djungle Speed, PFS (Upso d’Aunou, SF). 

Caractère, locomotion, rusticité 

Si Laurent cherche à produire des poneys capables d’aller jouer dans la cour des grands, sa priorité réside dans le caractère. « Je préfère produire moins bon mais utilisable par des enfants », explique-t-il, « le Poney Français de Selle n’est pas ma race de cœur mais m’a permis d’utiliser les étalons qui correspondaient à mes juments pour produire ce que j’aime ». La rusticité, il la trouve dans sa souche issue de New Forest. La locomotion, autre maître-mot, est incontournable pour aller gagner sur des épreuves techniques. Afin d’en apporter davantage, « Cordo H, DRP (Casper, DRP) fait la monte à la maison pour la quatrième année. Il appartient à Emilie Baudouin, possède un excellent caractère, une qualité de saut assez exceptionnelle et une locomotion hors normes qu’il transmet à la production de Syrius et de Goliath, à laquelle il en manque pour aller sur du très technique. » 

Un cheptel de 15 poulinières 

Produits maison pour une part et acquisitions d’autres part, les juments poulinent trois années de suite puis prennent une année de repos. Parmi elles figurent plusieurs filles de Syrius dont Rêve, Noisette et Visagepale des Londes, propres-sœurs de Goliath et Mister, plusieurs filles de Goliath, dont Atlanta et Rikita, et d’autres poulinières telles que Reine, la Pottok Symbole, mère de Volcan des Londes étalon agréé (Jaguar de Parigny, PFS), Louna de la Prairie, PFS (Vis Versa, AA), et Indianapolis II. Mathieu Oxéant, installé au Pôle hippique de Saint-Lô, se charge de la mise au travail des jeunes. Les poneys sont vendus pour une grande part entre 0 et 3 ans, à l’exception de deux ou trois chaque année qui sont conservés, valorisés puis récupérés à 10/12 ans comme mère. Nombre de produits portant l’affixe « des Londes » ont tourné et tournent encore sur le circuit, avec un palmarès à faire pâlir plus d’un ! On ne peut pas ne pas évoquer ici Caïd, PFS (Safran Landai, PFS) IPC 138/2018, un petit-fils de Goliath, retenu avec la sélection France pour participer au CCIP* de Montelibretti en octobre dernier où il termine 7e. Plusieurs produits de Goliath participeront d’ailleurs aux championnats du monde d’attelage à quatre au Haras national du Pin en septembre prochain. L’élevage des Londes, démarré grâce à une ponette OITP issue de New Forest, peut ainsi s’enorgueillir d’une formidable production de poneys de sport qui continuent de performer au meilleur niveau et ce dans de nombreuses disciplines.