Georges Brohier s'en est allé
vendredi 13 décembre 2019

Georges Brohier
Georges Brohier © DR

Figure incontournable de l'élevage normand, Georges Brohier est décédé à l'âge de 84 ans. Jean-Luc Dufour, à qui il avait confié son cheptel lorsque le Manchois avait pris sa retraite, l'a annoncé hier via les réseaux sociaux.Georges Brohier, c'était l'homme à l'origine de l'élevage de Pierreville, affixe qui a tant brillé sur les plus beaux terrains de concours du monde, à l'instar de Rouge Pierreville et Léopold Pierreville, qui disputaient les Jeux équestres mondiaux, ou encore Hello Pierreville et Arpège Pierreville, tous deux performants en CSI 5*. L'EPERON présente ses sincères condoléances à sa famille, et notamment ses deux filles Isabelle et Béatrice, et à ses proches.

En janvier 2002, L'EPERON (n*209) consacrait son reportage élevage à la famille Brohier. Retrouvez quelques extraits de cet article écrit par Paul Dubos.

" En Normandie, on se demande parfois si dans un passé lointain, Brohier ne voulait pas dire cheval, tant l'un et l'autre sont liés et se confondent, dans le temps - avec des chevaux répertoriés chez les Brohier depuis le début du XIXè siècle - mais aussi dans l'espace, avec à ce jour quelques quinze Brohier, tous apparentés, qui élèvent, montent ou entraînent des chevaux de course, de selle, ou de loisir. Une vraie dynastie équestre originaire du centre Manche, près de Sainte-Mère-Eglise, dont nous vous proposons de découvrir la branche cheval de sport, c'est-à-dire Georges et son élevage de "Pierreville" d'où Arpège et Gala, Jean le frère et son fils Denis au Haras de "Tamerville" où sont nés Narcos II et Quat'Sous. 

[...] Probablement parce qu'il est plus jeune et que sa carrière de cavalier a été plus discrète, même si il fut champion de France junior en 1953, Georges, soixante-sept ans, le quatrième enfant d'Alfred, fut connu et reconnu un peu plus tard que son frère. Il a été avant tout éleveur de vaches laitières et de chevaux, se contentant surtout de la mise en valeur de ses jeunes chevaux à quatre et cinq ans. [...] Georges s'est marié en 1962 avec Geneviève Leterrier, originaire de Vierville-sur-Mer (Calvados) dont la plage s'est appelée, au Débarquement, Omaha Beach. Son père y était agriculteur et avait deux poulinières et son grand-père élevait des Cobs pour la remonte. Georges et Geneviève s'installent donc sur la belle ferme d'une cinquantaine d'hectares de Pierreville, dont ils sont locataires jusqu'en 1978 où ils l'achètent. L'activité principale y sera la production laitière, qui se transforme en 1996 en production de viande, moins contraignante. Parallèlement, l'élevage des chevaux grâce à une dizaine de poulinières va se développer pour atteindre seize poulinières en 2000 puis redescendre. "Désormais, je ne garde que trente hectares et vais me contenter d'une douzaine de poulinières, dont je vends, autant que faire se peut la production au sevrage, et de quinze vaches allaitantes, la viande se vend tellement mal en ce moment à quoi bon en garder plus. Je suis seul avec mon épouse sur la ferme et nous n'avons un salarié qu'une journée par semaine."

Bagatelle, la fille d'Olga

La première poulinière de Georges fut Ugoline (Enfant Terrible, ps), petite fille de la varioleuse d'Alfred, Irlandaise, la seule à avoir été épargnée par les bombardements de 1944. "Cette Ugoline, vendue par le biais de Martine Bollack à des gens du Sud Est, fut championne de France de complet (ICC 148, ISO 153). Je l'ai récupérée lors de sa retraite sportive. De retour ici, elle fut un peu monté par André Chenu et Elisabeth Brohier, la fille de Jean, en particulier aux championnats de France juniors. Elle a ensuite fait quelques poulains, mais je n'en ai pas gardé car, petite, elle produisait comme elle. Notre autre poulinière des débuts fut Bagatelle IV (Red Star II, ps x Juriste), arrivée ici un peu par hasard même si elle était issue de la fameuse Olga de Pierre Lepelley, moins connue à l'époque", explique Georges qui n'hésite pas à dire qu'elle est désormais la meilleure souche de Pierreville. Le premier produit de Bagatelle, Jungfrau (Uriel), ISO 132, a fait carrière avec Philippe Marié, puis il ya eu Kamelle, sortie à quatre ans, ISO 119 puis mère de Tourlouroux, l'étalon de Guy Martin et grand-mère de Guard de l'Echenal, étalon prometteur sous la selle d'Alexis Gauthier. Bagatelle a eu L'Insouciant (Sans Souci), puis Malicieuse (Quastor), ISO 144, exploitée à quatre ans par Georges puis par l'ami Claude Tourne à cinq et six ans, gagnante ensuite du Derby d'Hambourg, Nuriel (Uriel), ISO 163, qui fut 3e des 6 ans, 3e du GP de Dinard monté par Hubert Bourdy, [...] Psyché (Jasmin), ISO 125, la mère d'Arpège de Pierrevillle, le cheval qui a lancé Julien Epaillard. 

L''observation des juments de Georges révèle des sujets plutôt dans le sang, de gabarit modéré, en particulier la souche de Bagatelle : "J'utilise des étalons avec assez de cadre - mes juments ont du sang - et qui sont de bons performers à quatre, cinq, voir six ans car à ces âges-là, c'est vraiment la qualité intrinsèque de l'étalon qu'on peut juger. Après, ils sont fabriqués, préparés, et on voit moins les aptitudes réelles du cheval. J'aime bien les chevaux qui ont la niaque, d'ailleurs je ne m'entendais qu'avec ceux-là. J'utilise aussi des étalons commerciaux et pas mal d'étrangers. Je vends mes poulains au sevrage, en général, sans trop de difficultés, à des tarifs situés entre 40 000 francs (6 100€) et 50 000 francs (7620 €). Depuis une dizaine d'année, j'ai vendu pratiquement tous les mâles aux mêmes clients : Jean-Pierre Cancre, avant sa disparition, et M. et Même Grosz dans l'Orne. Je garde quelques femelles et j'en vends quelques autres à six mois." 

Tracer son sillon avec discernement, mais sans état d'âme, avec une forte confiance en soi et en l'avenir, voilà la philosophie de Georges Brohier et le secret de la réussite."