Iron Man de Favray : l’ultime produit ‘de Banuel’
lundi 22 février 2021

Iron Man de Favray et son co-propriétaire Jean-Pierre Texier
Iron Man de Favray et son co-propriétaire Jean-Pierre Texier © Xavier Boudon

Comme son père – qui fut sacré Champion de France des Etalons Selle Français à 2 et 3 ans -, Iron Man de Favray a offert une belle démonstration lors du Championnat des Candidats Etalons SF 2021. Grâce à la meilleure note à l’obstacle, il intègre le Top 5 non sans dénoter parmi ces futurs pères au modèle plus classique. Derrière le bai foncé, se cache une belle histoire de femmes et d’hommes, passionnés d’élevage et surtout de concours complet.

Pour comprendre la genèse du bondissant bai, nous devons remonter aux années 2000, lorsque Jean-Pierre Texier se lance dans l’élevage. « J’avais pour objectif de produire des chevaux de complet » explique-t-il. Cavalier amateur, mordu de la discipline, il avait déjà une forte appétence pour les souches pur-sang. « Plus jeune, je montais dans un club à Lamballe où nous montions des produits des pur-sang du haras qui assuraient la monte à Corlay comme Hornet, Kirkes, Furman, je sortais alors en complet ». Ainsi débuta l’aventure de l’élevage « de Banuel ». Le constat ne se fait pas attendre : tous les produits ayant des ascendants pur-sang possèdent un mental ‘d’enfer’. « Je produisais en général de beaux chevaux pour le complet » raconte-t-il. « J’avais acheté Harponne, une fille de Lampon (par Dirak Creiomin, union des sangs de Furman et Hornet, justement). Je voulais apporter du cadre, et je me suis dirigé vers Orlando, car je m’intéressais au sang d’Heartbreaker, cheval avec une très bonne bascule. » Notons au passage que Lampon, l’arrière-grand-père maternel d’Iron Man, bien que peu réputé, donna naissance à un certain Marquis de Plescop, membre de l’équipe japonaise aux JO de Londres et médaillé d’argent par équipes aux Jeux Asiatiques.

Arrow de Banuel voit donc le jour. Grande, elle avait néanmoins des aplombs médiocres, et était taillée plutôt pour faire des poulains que du sport. « Je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas utiliser Upsilon qui commençait à bien tourner ». Le mariage a donné une certaine Fly Up de Banuel, Vice-Championne SHF à 4 et 5 ans sous la selle du Champion Olympique Mathieu Lemoine, ICC 152 (!) l’an dernier malgré une année tronquée. « Après cette naissance, j’ai choisi d’arrêter d’élever. D’abord à cause de mon âge, ensuite ce n’est pas mon métier. L’élevage hors-sol coûte tout de même beaucoup d’argent » admet le Breton.

Courir Badminton

Il décide alors de confier Arrow à Laurène Blin-Delamare qui se lançait dans l’élevage. « En plus elle adore le complet, je trouvais que c’était une transmission raisonnée » explique-t-il. « Mais quand je lui ai remis la jument, je lui ai demandé d’utiliser Cher Epoux comme étalon pour son premier poulain. Pourquoi lui ? Il m’avait séduit au concours étalons à 2 et 3 ans, et surtout, je recherchais le sang de Network. En plus, j’ai toujours rêvé de faire un cheval de complet noir pour courir Badminton. J’ai eu des bai, alezan, gris, mais jamais de noir. C’est un peu mon petit Jappeloup à moi ! ». C’est ainsi que Laurène suivit ses conseils et eut l’année suivante Iron Man.  « Il m’a plu dès que je l’ai vu sous la mère » dit-il. « J’avais en quelque sorte la propriété intellectuelle du croisement, et je me suis dit que ce serait bien d’en avoir aussi la propriété tout court. » Jean-Pierre Texier rachète alors le poulain, avec comme objectif de le valoriser. « Quand il est arrivé à la maison, j’ai dit à Mathieu Lemoine ‘je crois que je t’ai fait un cheval pour aller à Badminton’. Quand on a vu sa performance à Saint-Lô, avec le talent du cavalier, tous les espoirs sont permis. » Il savoure le plaisir de voir Iron Man si bien évoluer face à un tel parterre de chevaux bien nés, d’autant qu’il appartient pour moitié à sa belle-fille. « Je suis très attaché aux concours d’élevage du stud-book Selle Français. Ils m’ont accompagné durant toute ma vie d’éleveur, comme la SHF l’a fait pour la valorisation ». Avouons qu’avec Fly Up et Iron Man comme premiers produits, Arrow de Banuel fait pour le moment carton-plein. « Ce qui est encourageant pour Laurène, c’est qu’elle a fait naître ensuite un Candy de Nantuel, un Armitages Boy et bientôt un Filou de Hus, ce qui va contribuer à pérenniser cette souche. »

Iron Man et son fan-club

Non issue d’une famille d’éleveurs, Laurène Blin-Delamare, membre de l’équipe de France junior/jeunes cavaliers de concours complet, dut se résoudre à se lancer dans l’élevage pour fabriquer la relève. « Au lieu d’acheter un cheval fait, nous avons commencé à produire » explique-t-elle. Passionnée depuis toute petite, elle s’est donc lancée avec une puis deux et aujourd’hui cinq poulinières, sous l’affixe ‘de Favray’, tirée de la maison où vivait la famille à l’époque, le Moulin du Pont de Favray, près de Soissons. Rapprochée de Saumur lors de sa période Pôle France, la jeune femme dut trancher entre ses études de kiné et sa vie de cavalière. Elle choisit de partir en Angleterre deux ans. A son retour, le clan déménagea en Normandie pour vivre au cœur de l’excellence de l’élevage français. De là, tout s’enchaîna. « Nous sommes venus au Salon des Etalons, l’année suivant la victoire de Cher Epoux dans le Championnat SF des étalons de 3 ans. Jean-Pierre nous a expliqué qu’il arrêtait l’élevage, qu’il aimerait que je reprenne Arrow et que je lui adresse Cher Epoux » raconte-t-elle. Après un premier essai infructueux, Laurène change de centre d’insémination et confie Arrow à l’équipe de Denis Hubert, à Saint-Lô, où elle prend du premier coup. Iron Man voit le jour l’année suivante. « Pour les noms, nous adoptons des thèmes par lignée. Une lignée luxe avec Dior, Channel, etc. Arrow vient d’une série de super-héros, nous avons donc choisi Iron Man. » Mais le petit bai porte en lui bien plus qu’un nom. « Il est né le jour de la disparition de mon grand-père. Nous nous sommes dits qu’il serait comme lui, notre super-héros ». La néo-normande découvre alors les concours d’élevage. D’abord le local de Lison où Iron Man l’emporte, puis le régional où il finit 3e, avant de finir dans le top 10 au Championnat de France des foals et 2e de l’interrégional. « Il est évidemment atypique comparé aux poulains normands » avoue-t-elle. Le succès commercial toque à sa porte, mais Jean-Pierre Texier avait émis le souhait de le racheter. Une véritable aventure humaine se tisse alors petit à petit autour de ce cheval hors normes possédant déjà un véritable fan club, comme si son véritable nom était Iron Man de Favray de Banuel, premier à porter une double particule.