Philippe Lacaze, une pincée d’Anglo-arabe dans les jurys Selle Français
jeudi 25 février 2021

Philippe Lacaze
Philippe Lacaze © Xavier Boudon

A l’occasion du Championnat des étalons Selle Français, les observateurs avisés ont sans doute remarqué la présence d’un visage méconnu, notamment sur ces terres normandes. Philippe Lacaze, venu tout droit du Lot-et-Garonne, aux pieds des Pyrénées, participait au jury du saut en liberté de cette session 2021. Passionné d’élevage et d’ordinaire plus coutumier des Anglo-arabes, il apporte un regard différent mais tout aussi pertinent, comme le confirme dans cette interview croisée Pascal Cadiou, Président du stud-book Selle Français.

Comment en êtes-vous arrivé à intégrer ce jury ?

Philippe Lacaze : J’ai participé à une formation de juge ouverte aux éleveurs organisée pour les aider à comprendre comment étaient jugés les chevaux. A partir de ce moment-là, j’ai pris plaisir à observer comment tout cela fonctionnait et j’ai finalement sauté le pas en m’inscrivant à la formation.

Vous étiez donc éleveur ?

PL : Oui à titre amateur et je me posais toujours la question en sortie de concours d’élevage. Je ne comprenais pas toujours les notes souvent mal ou pas expliquées. Beaucoup de personnes ressentaient ce problème. J’ai alors compris l’envers du décor, et je peux maintenant l’expliquer aux éleveurs. Nous avons des grilles, nous pouvons illustrer les notes, le contact avec les éleveurs est meilleur.

Vous êtes issu d’une région tournée davantage vers l’Anglo-arabe. Les attentes entre AA et SF sont-elles les mêmes ?

PL : On se rapproche de plus en plus. Aujourd’hui, et notamment dans le complet, on cherche des chevaux très modernes dans le sang. Ce qui nous intéresse le plus dans cette discipline, ce sont des chevaux qui galopent, pas forcément le maximum de force, de la locomotion, de l’influx et du chic, non négligeable sur un rectangle de dressage. 

L’intégration de nouveaux juges venant d’horizons différents fait-elle partie d’une stratégie particulière au sein du stud-book SF ?

Pascal Cadiou : Philippe est éleveur d’Anglo-arabes réussissant bien en concours complet. Cette race est constitutive du Selle Français, on retrouve cette race dans la plupart des pedigrees SF. C’est un éleveur compétent qui suit le sport de haut niveau et qui s’est formé à notre mode de caractérisation. Cela faisait donc partie de son apprentissage de venir ici à Saint-Lô participer et échanger avec les juges. 

Au Championnat Etalons SF, quelle impression le lot 2021 vous a-t-il laissé ?

Philippe Lacaze : J’en ai discuté avec les juges nationaux présents et ils ont trouvé le lot très homogène. Trois ou quatre ont sorti des notes exceptionnelles, mais nous n’avons pas vu de mauvaise présentation ou de très mauvaise note. C’est énorme ! On voit que les choses évoluent, que la préparation se déroule proprement. Les chevaux sont préparés dans le bon sens. Les cinq premiers représentent une vraie qualité.

Prenons l’exemple du champion et du cinquième aux modèles opposés. C’est finalement le plus atypique qui s’en est le mieux sorti. Comment l’expliquer ?

PL : Le cinquième (Iron Man de Favray, ndlr) possède une souche pur-sang, une qualité de saut exceptionnelle, avec de l’étendue. Mais au modèle, il ne fait pas tellement père même s’il va évoluer physiquement. Contrairement au premier dans lequel on voit déjà le profil d’un futur étalon. 

Avoir un spécialiste de l’Anglo-arabe dans un jury, qu’est-ce que cela traduit en matière stratégique ?

Pascal Cadiou : Tout le monde cherche le sang Anglo-arabe. Toute personne possédant un Anglo sortant de l’ordinaire a le monde entier à sa porte. Il va ramener, non pas du sang qui relève du pur-sang, qui peut se révéler froid, mais de la sensibilité, de l’énergie, de l’influx au bon moment. En Anglo-arabe, il y a encore des chevaux capables de transmettre ces qualités.

Que recherche-t-on aujourd’hui à l’obstacle ? Qu’entend-t-on par intelligence ?

Philippe Lacaze : Un cheval naît intelligent, même si ça peut se travailler. L’intelligence de la barre, soit ils l’ont et ils sont respectueux, ils ont envie de ça. On en a vu cette année, qui s’expriment bien, montent leur garrot, et se montrent élastiques. Pour revenir au cinquième, il possède tout ça, de l’élasticité, de la frappe, par opposition à un cheval rigide, sans vraiment frapper. Il y a une vraie évolution dans l’élevage. Les éleveurs ont compris que ce point était important, ils étudient leurs croisements, soignent la jumenterie...ça coûte cher d’élever !

N’est-il pas difficile, lorsqu’on est juge, de choisir entre un futur bon cheval de sport et un futur bon étalon ?

PL : On peut avoir un coup de cœur et un cheval-type en tête. Moi-même j’ai un type de cheval que j’apprécie. Mais en tant que juges, nous devons rester neutres. Nous jugeons la qualité. Donc même si le modèle d’un cheval ne nous plaît pas forcément parce qu’on le trouve un peu lourd, et qu’un autre plus moderne réalise de belles choses, on doit rester dans le cadre de notre jugement, trouver les points positifs mais aussi les points négatifs. Parfois, on s’interroge sur la capacité du cheval à répéter ce que l’on voit une fois le cavalier en selle. Quand la qualité y est, on devrait la retrouver. C’est intéressant de se projeter. A ce titre, voir ici les étalons approuvés à 3 ans l’an dernier sur un parcours était intéressant car nous pourrons évaluer l’évolution. Ce suivi est vraiment intéressant pour les éleveurs quant au choix du futur étalon.