Tangelo van de Zuuthhoeve, le plus français des Belges
mardi 30 juin 2020

 Tangelo van de Zuuthhoeve
Tangelo van de Zuuthhoeve © Coll.

Tangelo van de Zuuthhoeve n'est pas un étalon des plus connus en France malgré la présence de Narcos II, Laudanum et Almé dans son papier mais la réussite de ses produits à l'international ces dernières années ne laissent pas indifférent.

Bien qu'il fut compétitif sous la selle, c’est grâce à sa production que Tangelo van de Zuuthhoeve s'est fait remarquer. En tête de file : Tobago Z, auteur d’une saison 2019 exceptionnelle sous la selle de Daniel Deusser, Darry Lou, vainqueur du Grand Prix de Calgary avec Beezie Madden avant d’être vendu à la fille de Bill Gates, Victoria, gagnante du Grand Prix 5* de Monte Carlo en 2014 avec Bassem Mohammed, Citizenguard Taalex, gagnant de plusieurs Grands Prix 5* avec Grégory Wathelet, et Bintang II, régulier au plus haut-niveau avec Laura Renwick. Ceux-là ne sont qu’un bref échantillon de sa production. Les premières générations de ce joli alezan arrivent tout juste à maturité mais cela ne l'a pas empêché de pointer à la 13ème place du classement édité par la WBFSH en 2019. Pour ceux qui l’ont côtoyé tôt, ce n’est pas étonnant : malgré son côté tardif, Tangelo a toujours affiché un excellent caractère assorti d’un bon galop et une bonne bascule en plus d’un modèle solide et harmonieux et ces qualités, il semble volontiers les transmettre. 

Une brève carrière sportive

Tangelo van de Zuuthoeve est né en 1996 chez René Vets. Le Belge avait acheté sa mère Olympia van de Krekebeke au sevrage, attiré par son papier qui portait les noms de Laudanum, Ramiro, Almé Z et Gotthard. Conny Vets, qui a repris l’élevage de son père après sa mort il y a une dizaine d’années, se souvient : "Tangelo est resté à l’élévage jusqu’à ses trois ans. Il est né la même année que Thunder van de Zuuthoeve. Nous avions présenté les deux à l’approbation BWP. Tangelo n’a pas été approuvé mais Thunder oui. Mon père était très déçu et il a décrété que Tangelo devait être vendu. C’est ce qui est arrivé, Harrie Theewes et Roelof Bril l’ont acheté. Je suis sûre à 100% qu’il serait resté chez nous si il avait été approuvé BWP, mon père avait de grands espoirs pour lui." 

C’est donc aux Pays-Bas que l’alezan a tracé sa route avec Roelof Bril, son propriétaire qui fut également son cavalier pendant la majorité de sa carrière. "Il est arrivé chez moi à 4 ans et demi. Il était très tardif donc au début, nous avons vraiment pris notre temps avec lui. Il avait un super caractère mais il avait un peu de mal à se porter au galop. Plus tard, ce problème s’est corrigé. De ses six à sept ans et demi, il  a pris 5 ou 6 cm, c’est aussi pour cela qu’il avait des problèmes au galop", raconte-t-il. De fil en aiguille, le travail paie et l’étalon, qui s’est au demeurant toujours montré très coopératif, réussi à se classer dans plusieurs Grands Prix. 

Après avoir contracté une blessure, sa carrière sportive est mise de côté au profit de sa carrière de reproducteur. "Il acceptait mes petits enfants sur son dos et je suis sûr qu’il en aurait été de même avec des enfants de poney-club tellement il était facile ! Lorsqu'il s’est blessé et nous l’avons retiré parce que la demande affluait de plus en plus du côté de l'élevage, les risques étaient  trop grands. C’était vraiment quelque chose de le voir sauter à haut-niveau avec Roelof Bril", expliquait Johan Venderbosch. Le gestionnaire de l’élevage néerlandais Radstake a choisi très tôt d'investir dans Tangelo pour lequel il a eu un véritable coup de coeur. Il l'achète d'abord à moitié puis en intégralité. "Roelof était déjà le propriétaire du cheval avant de me le montrer. Nous sommés allés dans ses écuries, je n’avais aucune idée de ce à quoi il ressemblait, il y avait un alezan sur l’aire de pansage. J’ai dit que si c’était lui, nous l’achetions tout de suite. Ce fut le coup de foudre. Il était très moderne, avec beaucoup d’expression et il sautait très bien. Bien-sûr ce fut un coup de chance, mais la façon dont son papier était construit était très intéressante. J’aime le sang français et il y en avait beaucoup", détaille Johan Venderbosch. 

Du sang français et la patte Zangersheide

La présence de sang français est indéniable chez Tangelo, d'abord grâce à son père Narcos II (Fair Play III x Tanael) qui a évolué sous la selle d’Eric Navet avant de devenir champion d'Europe Junior avec Florian Angot. Pour Denis et Sylvie Brohier, les naisseurs de Narcos II, c'est toujours un plaisir de voir le sang de ce Selle Français courir dans les veines des meilleurs chevaux de sport actuels. "Nous savions que Narcos apportait beaucoup pour l’élevage. Quand on regarde la lignée maternelle de Nino des Buissonets on retrouve Narcos, dans celle de Loyd 12 il y a Fair Play III (le père de Narcos II qui était l’étalon privé des Brohier). Dans le papier de Zenith on retrouve la jument Dans le Vent qui vient aussi de chez les Brohier. Tous viennent de Ma Pomme..." Une lignée qui porte visiblement ses fruits ! 

Narcos méritait d’être croisé avec des juments avec du sang et ce fut le cas avec Olympia van de Krekebeke, elle-même une fille du Pur-Sang Laudanum (Boran x Montaval), bon gagnant international sous la selle de Pierre Durand. Olympia n’a pas connu une grande carrière de reproductrice en Europe puisqu’elle a rapidement été vendue en Argentine, toutefois sa souche mérite un coup d’oeil. Sa mère Racyona était une fille d’Almé et une petite fille de Ramiro Z, le croisement de coeur de Léon Melchior qui a également donné l’excellente Ratina Z ainsi que les étalons Bernstein, Damiro et Elmero B. L’histoire de Racyona avec Zangersheide va même plus loin. Dans les années 60, Léon Melchior avait acheté une jument dont les ancêtres venaient de Prusse de l'Est, V6952 (Dollfarn). Il a conservé cette lignée pendant plus de vingt ans en utilisant ses propres étalons, Almé et Ramiro donc, mais également Gotthard. La réussite de Tangelo van de Zuuthhoeve n'est pas vraiment un hasard.