Venard de Cerisy, le nouvel espoir normand de Steve Guerdat (2/4)
mercredi 13 février 2019

Marion Brousse
Marion Brousse, alors chef d'écurie chez Pénélope Leprévost, en selle sur Mylord Carthago - copie © DR

Les parcours des cracks des compétitions 5* ne sont pas toujours tous tracés à l’avance…Si certains empruntent la « voie royale » en suivant le parcours classique, d’autres utilisent parfois des chemins plus sinueux vers le haut niveau. Venard de Cerisy SF, le nouvel espoir du Suisse Steve Guerdat est de ceux-là… Il porte bien son nom (prononcez « veinard »), lui qui doit sa belle destinée à quelques « anges gardiens ». L’histoire mérite d’être racontée, celle d’un cheval qui a failli passer à côté de sa carrière et a eu mille vies avant de trouver sa voie ; mais aussi celle d’une belle d’amitié entre tous les protagonistes.

Après des débuts difficiles (voir le volet 1 de cette saga, "Mais que va-t-on faire de lui ?"), Venard de Cerisy quitte sa Normandie natale a 5 ans  et rejoint le Sud où il rencontre Marion Brousse... 

PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS…DANS LE SUD

Venard de Cerisy arrive dans le sud, aux écuries Sésame près de Toulouse, en 2014, il a 5 ans. « Je ne me suis pas sentie « écoutée » en Normandie quand je disais que j’avais un bon cheval, j’ai alors choisi de m’adresser à une autre « fille », Marion Brousse. Comme elle était mon amie, elle m’a cru », raconte Stéphanie Lecussant, qui travaille désormais au Haras de Clarbec en tant qu’assistante commerciale. Stéphanie a déjà révélé auparavant la bonne ponnette d’Eden, la fille de Pénélope Leprévost, Quimbaya, avec qui elle a été Championne de France Poneys l’année précédente.

Marion Brousse est une cavalière émérite. Chef d’écurie chez Pénélope Leprévost pendant cinq années, elle a quitté le Haras de Lécaude en 2013 pour rejoindre le Languedoc et son compagnon, Jérôme Thévenot, que l’on connaît comme vétérinaire des équipes de France. Elle a l’expérience des chevaux compliqués, et a travaillé sur des chevaux difficiles comme Gaudi, ex-Sire de la Tour Vidal SF, ou la bouillonnante Jubilée d’Ouilly SF. Stéphanie lui annonce qu’elle a sous les yeux un drôle de cheval, avec certainement un travail énorme de dressage à prévoir. Marion ne se démonte pas et Venard va trouver en cette cavalière de 38 ans la personne qui va croire en lui plus que toutes les autres.

« Quand ce grand cheval d’1m75 est arrivé, j’ai pris la mesure du défi qui m’attendait (je fais 1m60 pour 51kg). Je lui ai dit : « voilà, maintenant, il n’y a plus que toi et moi ». Je me suis rapidement rendue compte que la tâche allait être gigantesque », se souvient Marion. Cheval très gentil au demeurant, assez soumis, Venard ressent une peur pour les êtres humains qu’il peine à maîtriser. Quand on rentre dans son boxe, le cheval arrête de respirer. « Il n’avait pas compris ce que l’on attendait de lui et avait une telle sensibilité à fleur de peau qu’il surréagissait à tout », continue-t-elle. « Venard, c’est une petite souris qui est né dans un corps de géant » résume Marion. Son départ raté dans la vie de cheval de sport, « entre Cosette et Germinal » selon les mots de sa cavalière, l’a fortement marqué : « Le cheval était vraiment parti pour avoir une vie misérable, la peur était un sentiment dominant chez lui et indépendante de sa volonté ». Marion Brousse passe les deux premiers mois en huis-clos avec Venard, dans son manège, au pas, pour qu’il la tolère sur son dos. Elle passe les trente minutes de trajet qui la sépare des écuries à se demander chaque jour comment elle va pouvoir se mettre dessus. Difficulté fondamentale, le montoir est souvent un moment épique. Certains jours, cela ne pose pas de problème, d’autres, Marion ne fait que cela de toute sa séance. « Venard était épuisant au quotidien, car il nécessitait  un self-control absolu, mais aussi car j’avais l’impression de ne pas avancer, de repartir toujours au même point. Nous avons vraiment eu des moments où nous ne pouvions plus nous supporter, aussi bien lui que moi. Je le mettais alors au paddock. La solitude dans laquelle je me trouvais dans cette région qui n’était pas la mienne n’aidait pas, moi qui avait toujours été habituée au Haras de Lecaude à la multiplicité des intervenants, à pouvoir échanger sur des problèmes, etc ». Pourtant, les phases de progression se développent, et parfois au bout de quinze jours à répéter sempiternellement le même exercice, le cheval assimile et passe des paliers. « C ‘est en me montrant que le temps n’était pas vain et qu’il intégrait finalement ce qu’on lui demandait, que j’ai gardé du baume au coeur. C’étaient mes petites victoires » se souvient Marion. « Les gens qui m’entouraient ne comprenaient forcément pas mon engouement ou ma joie de pouvoir simplement évoluer aux trois allures hors du manège ».

Qu’est-ce qui a alors forgé sa conviction si profonde dans Venard ? « ce qui m’a fait ne jamais douter de lui, envers et contre tout et tous, c’est sa qualité de galop. Il avait des défauts à peu près partout et dans tout, mais la qualité naturelle de galop, dès le premier tour que j’ai pu faire sans qu’il ne croit que j’étais un prédateur sur son dos, était exceptionnel. C’était une évidence. Il est difficile de mettre des mots dessus, mais c’est comme un coup de foudre. Dès que j’ai eu cette sensation, j’ai pris un engagement envers lui de l’amener – je ne savais pas encore où, ni dans quelle discipline – mais au mieux où il pourrait être. »

Toujours consciente que la route sera très longue, Marion a maintenant la certitude d’avoir une star sous sa selle. Si le cheval est mal parti dans la vie, les astres semblent enfin en passe de s’aligner. De là, la construction se fait obstacles par obstacles, où Marion garde Venard dans son cocon pendant une année afin de consolider son dressage. Le cheval a 6 ans, il n’a toujours pas foulé de pistes de compétitions. C’est alors que la cavalière décide de lui faire franchir le pas, le cheval est plus beau physiquement, un « code » de tolérance s’est instauré et Venard est prêt sur un petit parcours. A l’extérieur, le cheval se révèle confiant et montre de la qualité, notamment par des sauts démesurés qui mettent rapidement les gens d’accord sur son potentiel. Cependant, le rapport poids-taille entre Venard et Marion finit par limiter l’évolution du couple et le choix est fait de confier le cheval à un cavalier homme pour rééquilibrer cette différence et supporter la force qu’il dégageait. Ce sera Matthieu Auguié. Sous la supervision étroite de Marion, Matthieu a pour tâche de canaliser l’énergie de Venard. Avec le stress de la compétition, le cheval connaîtra encore quelques retours en arrière comme cette fois où ils ne parviendront purement et simplement pas à monter sur Venard une fois arrivé sur le terrain. Quoi qu’il en soit, le cheval s’aguerrit sur des parcours jusqu’à 1m20. La première partie du contrat est remplie, le temps est venu de laisser au cheval sa chance d’évoluer dans un encadrement plus expert.

Partie 1 : ICI

Partie 3 : ICI

Partie 4 : ICI