Assemblée Générale SHF : exercice d’équilibriste
dimanche 18 avril 2021

SHF
Société hippique française © Eric Knoll

Le lundi 12 avril se tenait la traditionnelle Assemblée Générale de la Société Hippique Française pour la toute première fois en visioconférence. Animée par son président Michel Guiot, aidé du bureau de la SHF et des responsables des commissions, cette AG a permis de dresser un bilan factuel sur l’année écoulée, singulière à bien des égards.

Une soixantaine de personnes, adhérents, représentants institutionnels ou journalistes, y ont assisté, notamment le Directeur Général de l’IFCE Jean-Roch Gaillet, le représentant du Bureau Cheval au Ministère de l’Agriculture, sans oublier l’ancien président de la SHF, Yves Chauvin que son successeur a remercié pour le travail accompli. La traditionnelle série d’hommages eut bien lieu en ouverture, saluant la mémoire de Jean Muris, Jean-François Marès (lire ici), Michel Pélissier (lire ici), Henry Blanc et Armand Michel.

Après avoir rappelé le nombre d’adhérents à fin 2020 (7704 adhérents SHF, auxquels s’ajoutent 7168 adhésions aux ANR et 66 ARE), Michel Guiot a tenu à souligner l’étroite collaboration entre les sociétés-mères, l’IFCE et le Ministère dès mars 2020 afin de travailler sur un plan de reprise des activités de la filière équine, la monte (dès le 21 mars 2020) puis la valorisation (25 avril 2020 pour les Cycles Classiques, fin juin pour les Cycles Libres). Il faut avouer que ce travail a mis en lumière un fait que nous avions quelque peu oublié : la filière sait encore s’unir face à l’adversité. C’est d’ailleurs en ce sens que la SHF a accepté de voir son enveloppe du Fonds Eperon réduite d’un million d’euros pour 2020 (passant de 3,2 à 2,2 millions d’euros), ceci afin de venir en aide au monde des courses. Avant même que quelqu’un pose la question, nous avions déjà la réponse : oui, la SHF touchera bien cette année les 3,2 millions d’euros prévus. Ouf… !

Bilan financier : un équilibre fragile

Gérard Ramex, Trésorier de la SHF et membre du COMEX, a présenté un rapport financier complet mettant en avant une baisse mécanique des recettes due essentiellement à la baisse du nombre d’épreuves, qu’elles soient SHF ou d’élevage. L’organisation des concours régionaux, les CIR et les finales ont généré des déficits totaux de 1,281 millions d’euros, un chiffre en baisse par rapport à 2019 (-50 % environ). Le circuit d’élevage (0-3 ans) continue également de peser dans la balance, n’engendrant aucune recette. Sur le plan administratif, les efforts de rationalisation (mais aussi la conjoncture) permettent de diminuer le déficit également, avec d’importantes économiques réalisées sur les frais liés aux réunions (vive les visioconférences!), mais aussi à la communication et au personnel. « La baisse des charges et des produits reste normale compte tenu de la diminution de l’activité » a expliqué Gérard Ramex. « Sur les circuits, les dotations versées ont été légèrement supérieures à l’enveloppe du Fonds Eperon. Nous avons donc pris sur d’autres fonds afin de compenser cette perte. Nous avons surtout travaillé à la baisse des charges d’organisation des finales ». Sur les actions spécifiques, la baisse des dépenses liées aux salons et événements permet à elle seule de rendre le résultat positif. Il est probable que 2021 ressemblera fort à 2020 mais il serait intéressant de savoir si cet axe pourrait, à plus ou moins court terme, devenir bénéficiaire sans pour autant négliger la présence de l’institution sur le terrain.

De l’argent sous conditions

Si le Fonds Eperon a donc validé l’enveloppe demandée, le Ministère, par la voix du Bureau Cheval, a annoncé la mise en place de conditions de versement des 1,570 millions d’euros annuels. En début d’année, un document synthétique devra présenter les circuits de valorisation et de promotion, ainsi que les axes de rationalisation et d’efficience. Au début du quatrième trimestre, le versement du solde sera suspendu à une analyse financière précise montrant que l’argent versé par le Ministère bénéficie bien aux éleveurs. Enfin, en fin d’année, un rapport global sur les circuits devra exposer les actions mises en œuvre pour la promotion des races. Autrement dit, le Ministère va demander des comptes afin de vérifier que ces fonds soutiennent réellement la filière.

Un cru 2020 contrasté

Alors qu’on aurait pu craindre une baisse de la production, celle-ci n’a pas eu lieu. Par contre, le nombre de chevaux sur les circuits SHF a diminué (-22%) de même que les engagements (-37%) pour environ 40 % de temps disponible en moins (dû aux confinements). Si ces chiffres ne surprennent pas, ceux avancés sur le commerce de chevaux semblent diverger par rapport à la tendance observée sur le terrain : -50 % à -80 % à l’export, et un marché intérieur à l’arrêt depuis octobre. Cela tranche avec les transactions relativement nombreuses remarquées depuis l’automne. Côté concours d’élevage, la baisse est cohérente avec le raccourcissement de la période calendaire disponible : -25 % par rapport à 2019, avec un total de 255 concours, et -10 % de participants. Le recul des engagés reste contenu avec -6 % (+23 % chez les Anglos, -32 % chez France Dressage). Les primes d’élevage ont diminué de 11%, réparties comme suit : 3 % Anglo-arabe, 5 % Arabe et DSAR, 15 % poneys et 77 % SF. La principale perte liée à la crise sanitaire est celle du circuit Cycle Libre, où l’essentiel des chevaux est présenté par des amateurs, interdits de compétition durant la majeure partie de l’année. Le déplacement des finales de dressage de Saumur vers le Grand Parquet de Fontainebleau semble avoir satisfait les professionnels, tant et si bien que l’expérience sera renouvelée en 2021.

Et la commercialisation dans tout ça ?

Les concepts SHF Market et SHF Vidéo soulèvent depuis quelques mois des questions au sein des professionnels. Cette AG n’y a pas vraiment répondu. Est-ce le rôle d’une société-mère d’intervenir sur un secteur concurrentiel ? La pandémie a quelque peu fait remettre cette interrogation à plus tard. Les statistiques de fréquentation du site, bien que présentées, n’offraient aucune comparaison avec 2019, ce qui pourtant aurait été intéressant, dans la mesure où beaucoup de choses ont été « digitalisées » en 2020, y compris les ventes de chevaux. Parmi les 353 chevaux ou poneys déclarés vendus sur le site, combien l’ont-ils vraiment été grâce au site.. ? Pour compenser, le service commerce de la SHF a travaillé sur des catalogues événementiels (Sologn’Pony, finales) et des opérations commerciales (police qatarienne, La Gaubretière). Quant à SHF Vidéo, les chiffres interrogent : 523 abonnés, 1806 vidéos vendues à l’unité (entre 15€ et 18€ selon que l’on soit adhérent ou non) soit un peu plus de 32K€ de CA, sans que l’on nous expose le coût réel de ce dispositif (58 concours filmés en 2020, auxquels s’ajoute l’infrastructure en ligne, et un déficit annoncé à l’oral de 20K€). Fort heureusement, ces vidéos servent à autre chose (promotion, commercialisation, formation, approbation). Michel Guiot a toutefois reconnu un problème d’équilibre financier, annonçant un travail de réflexion en cours. Notons par ailleurs que la SHF poursuit sa digitalisation avec la mise en place de nouveaux services fort utiles : la consultation des résultats en concours d’élevage, le calcul de la PACE, création d’une ranking Cycle Classique CSO, développement d’un système de réservation des boxes et même une régie publicitaire interne.

Cette année 2021 s’annonce elle-aussi complexe pour la SHF. Bien qu’elle retrouve le niveau d’aides de 2019, la nouvelle équipe emmenée par Michel Guiot va devoir poursuivre son introspection si elle veut réformer en profondeur son fonctionnement et se recentrer sur ses métiers historiques. A ce titre, le budget 2021 prévoit une enveloppe de 100K€ pour les Associations Régionales d’Eleveurs, une demande formulée d’ailleurs par le président de la commission ad hoc... Olivier Fouque.