Le studbook CDF débarque en France !
mardi 09 février 2021

Ultrablue de Massa
Ultrablue de Massa est un bel exemple de croisement entre chevaux lusitaniens et chevaux de dressage étrangers © Eric Knoll

Agréé par le Ministère de l’agriculture depuis le mois de juin 2020, le studbook du Cheval de Dressage Français (CDF) est désormais officiellement créé. Alors que les croisements entre le sang lusitanien et le sang étranger sont de plus en plus fréquents, les produits issus de tels mélanges, et notamment ceux de l’élevage Massa, sont aussi de plus en plus appréciés et performants à haut niveau. Décryptage.

En 2020, l’élevage de Sylvain Massa a été élu deuxième meilleur élevage du monde grâce notamment aux performances très remarquées sur la scène internationale de nombreux de ses produits, à l’image d’Actuelle de Massa, Vistoso de Massa ou encore Santurion de Massa. Mais n’oublions pas aussi les trois protégés du couple Anne-Sophie et Arnaud Serre, Addict de Massa, Join Me de Massa et Dionysos de Massa, qui ont eux tapé dans l’œil du Danois Andreas Helgstrand, qui en faisait alors l’acquisition en janvier 2019. « L’intérêt des cavaliers de haut niveau pour les chevaux issus de croisements mais aussi pour les pures lusitaniens est grandissant, constate Philippe Ferrand, propriétaire de l’élevage du Parc. Et je pense que dans les quatre ou cinq années à venir on en verra de plus en plus à très haut niveau », poursuit-il. Voilà ce qui aurait donc motivé la France à créer son propre studbook destiné uniquement à la discipline du dressage. Alors qu’un studbook réservé aux chevaux issus d’un croisement entre du sang lusitanien et du sang étranger, le CPD (Lusitano Sport), existe déjà, Caroline Rioche, présidente de France Dressage, s’explique. « Grâce notamment à l’élevage Massa qui travaille sur de tels croisements depuis une vingtaine d’années, de plus en plus d’éleveurs font naitre des chevaux croisés sur le sol français. Leurs seules options d’inscriptions jusqu’à présent étaient alors le studbook CPD ou de les inscrire en Origine Constatée (OC). C’était déjà ma démarche lorsque j’ai travaillé avec le Selle Français de dire que si nous continuons à inscrire nos chevaux de dressage dans des studbooks étrangers, la France ne serait jamais considérée comme une terre d’élevage ». Depuis cinq ans, France Dressage a fermé les portes de ses épreuves aux chevaux qui ne sont pas nés en France, de quoi, entre autres, aider au changement des mentalités dans le milieu de l’élevage. « Lorsque l’on achète un jeune cheval à l’étranger, la traçabilité est beaucoup plus difficile à obtenir. Si l’on regarde dans les Cycles Libres, et donc dans le marché français, nous sommes passés en dix ans d’à peu près 30% de chevaux nés en France engagés dans les épreuves à 80% », souligne-t-elle. Avec de plus en plus de chevaux issus de croisements qui évoluent sur les épreuves France Dressage mais aussi SHF, l’idée de créer un studbook qui leur est dédié est né il y a déjà deux ans de cela. « Ils sont nés en France mais nous ne savions pas trop dans quelle case les mettre alors qu’ils sont aujourd’hui capables de rivaliser avec les meilleurs chevaux du monde. C’était aussi une façon de récompenser le travail des éleveurs », précise Caroline Rioche qui, avec l’aide de Sylvain Massa, a alors lancé les démarches pour créer le studbook CDF. 

Une nouvelle dynamique autour du dressage 

Si aujourd’hui l’élevage le plus connu dans le croisement de sang lusitanien avec du sang étranger est bien celui de Sylvain Massa, ils sont environ 150 éleveurs français à avoir tenté l’aventure de ce type de production comme notamment l’élevage du Coussoul, le Haras de la Gesse, le Haras de Malleret, l’élevage du Parc… Mais alors comment crée-t-on un nouveau studbook ?

« Cela passe par beaucoup de recherches, lance Caroline Rioche. Il faut démontrer qu’une race a des critères spécifiques de génétique et qu’elle répond à des phénotypes. Elle doit aussi avoir un certain nombre d’individus et cela depuis suffisamment longtemps. Mes recherches m’ont permis de remonter jusqu’en 1983. Grâce à l’aide du SIRE et de l’IFCE, j’ai pu remonter la traçabilité des reproducteurs. Il a aussi fallu démontrer que les produits avaient des résultats en compétition, que la race est en pleine évolution et que cela ne concernait pas uniquement un seul éleveur ». Et d’ailleurs, du côté des éleveurs, cette nouvelle est très bien accueillie. « Cela m’encourage à reprendre les croisements car je ne voulais pas faire naitre des chevaux en OC ou en studbooks étrangers. Et cette fois, je compte le faire dans les deux sens », lance Philippe Ferrand. En effet, si dans le studbook CPD les croisements se font entre une mère lusitanienne et un étalon de sang étranger, pour le CDF l’inverse est aussi possible. « C’est très motivant, Caroline Rioche est quelqu’un qui va au bout des choses et maintenant que le projet a abouti il faut se lancer d’autant que nos juments pourront bénéficier des primes PACE », poursuit l’éleveur. Mais alors quels vont être les critères de sélections pour les reproducteurs de cette nouvelle race ? « Ce que l’on souhaite est que lorsqu’une personne achète un Cheval de Dressage Français, il saura qu’il achète un cheval de dressage. Pour garantir cela, il faut aussi bien approuver les reproducteurs mâles que femelles », explique Caroline Rioche. Cela veut donc dire qu’un poulain qui naitra CDF, issu de deux parents reconnus au studbook, devra malgré tout passer par la case approbation pour lui-même devenir reproducteur labélisé CDF. « Pour garantir la race il ne faut pas s’éloigner des standards de la discipline du dressage. Un comité sera en charge de juger de tous ces critères. Aujourd’hui, le CDF va pouvoir s’appuyer sur les experts de France Dressage qui vont être rapidement formés aux spécificités de la race », insiste la présidente. En 2021, les premiers produits CDF devraient donc naitre avec la possibilité pour les éleveurs d’enregistrer d’abord leurs poulains en OC en attendant de pouvoir faire labéliser leurs reproducteurs devant la commission. « Il faut cependant savoir qu’en ce qui concerne les femelles, toutes les juments qui ont été labélisées France Dressage depuis 2016 sont automatiquement approuvées facteur de CDF », ajoute Caroline. 

Prochaine étape pour le studbook CDF, obtenir son agrément WBFSH et ainsi permettre aux produits de prétendre à une sélection pour les championnats du monde. « Les démarches sont en cours mais la race est éligible au WBFSH. En général, l’assemblée générale a lieu à l’automne donc j’espère en octobre prochain ». Et tout cela n’est pas passé inaperçu puisque le Danois, Andreas Helgstrand, a déjà fait part de son intérêt pour ce tout nouveau studbook. « Tous ses étalons sont déjà approuvés pour le CDF et nous espérons qu’il gardera un œil attentif sur la production de nos éleveurs pour lancer une dynamique autour de leurs poulains », conclut Caroline Rioche.