Alexis Goury : « Gulliver va être un cheval pour faire de grandes choses »
dimanche 25 septembre 2022

Gulliver des Lones et Alexis Goury
Gulliver des Lones et Alexis Goury © Adèle Vaupré

Après avoir mené le championnat de France cycles classiques six ans depuis le début de la Grande Semaine de Pompadour, Gulliver des Lones (Upsilon) a transformé l'essai en s'offrant le titre. Interview avec son cavalier, Alexis Goury, qui ne tarît pas d'éloge sur ce gris au physique envoutant.

Quel est votre sentiment, à chaud, quelques minutes seulement après avoir offert à Gulliver des Lones le titre de champion de France des six ans ? 

Je suis ravi, c’est un cheval assez exceptionnel et j’avais envie d’être à son niveau. Des chevaux comme ça… je n’ai pas encore beaucoup de métier, donc je n’en ai pas monté autant que des Thomas (Carlile, ndlr) ou des Maxime (Livio, ndlr) mais je pense que s'ils le montaient, ils diraient eux-même qu’il est exceptionnel et qu’il a quelque chose de plus que les autres. Aujourd'hui, j’avais juste envie de montrer ce qu’il y a de mieux chez lui. 

Dans quel état d’esprit avez-vous abordé cet hippique ? Saviez-vous ce que les autres avaient fait avant vous ? 

J’ai vu qu’il y avait quand même pas mal de barres, donc je me doutais que j’avais quatre points d’avance. Mais je n’avais pas vraiment envie de les faire parce que ce n’est pas à l’image du cheval. C’est vrai que, comme je dis, j’avais juste à être au même niveau que lui. Il est tellement génial. Il n’a pas envie de toucher les barres. Il a un sens de la barre et une énergie exceptionnelle. Il y a des chevaux qui sont guerriers, lui il joue. Il joue avec les obstacles, les directionnels, les barres... ça l’amuse. C’est génial de le monter, c’est toujours du jeu avec lui. Il est tout le temps en train de jouer, donc j’espère qu’il aura envie de jouer longtemps.

En venant ici, vous disiez que ce cheval devait faire un podium si tout se passait bien, mais il y a aussi la manière de le faire. Pouvez-vous dire de quelle manière il a couru sur ces trois jours ? 

J'ai commencé à penser au podium depuis le Grand National du Pin (début septembre, ndlr), alors qu'il me restait quinze jours pour le préparer. Je savais qu’il devait gagner. Il n’avait pas gagné toute la saison. Il avait fait une bonne saison, mais il n’avait pas tout gagné. Cette semaine, j’ai réussi à être à son niveau. Sur le dressage, ce n’est pas toujours facile, il y a encore du travail. Il a une attitude très haute, il peut vite se fermer et être un peu figé. Ce n’est pas toujours apprécié par les juges, donc il faut encore trouver de la longueur et de la propulsion. J’ai rempli le contrat que je m’étais fixé. Je voulais un top 3, mais au fond de moi, je savais qu’il devait gagner. Il a tellement de capacités… Même s’il n’avait pas gagné le dressage, finalement, il aurait sûrement été pas trop loin de la tête, il aurait peut-être quand même gagné. Là, il l’a fait avec la manière, avec une note de 74% sur le dressage. Hier, il a fait un parcours de cross magnifique, même avec une chaussure en moins dès le numéro 2. Et là, sur l'hippique, il a sauté de façon irréprochable. 

Au-delà du titre avec lui, il y a la qualification pour le Mondial du Lion d’Angers. Comment allez-vous aborder cette évènement ? 

J’ai des chevaux de sept ans qui sont aussi qualifiés pour le Mondial du Lion. Il va falloir qu’on fasse un choix. Je dois reconnaître que je trouve que le Mondial du Lion, à six ans, c’est tôt. C’est une épreuve qui est difficile pour leur jeune âge. Gus (surnom de Gulliver, ndlr) n’est pas un cheval qui est destiné à la vente dans l'immédiat. Donc je ne sais pas encore si on l’emmènera ou pas. Si j’ai deux sept ans qui sont sélectionnés, je pense que je privilégierai les sept ans parce que je n’ai aucun doute que l’année prochaine, Gus sera de la partie là-bas. On verra, on va se donner un peu de réflexion, on en saura un peu plus demain par rapport à la sélection des sept ans. Si je n’en ai qu’un, peut-être qu’on emmènera Gus. C’est un cheval qui peut être champion du monde. 

Quand avez-vous croisé sa route ? 

Je l’ai eu en milieu d’année de cinq ans l’année dernière. C’est un cheval qui n’avait rien fait à quatre ans et qui a été acheté de façon presque involontaire et pas du tout préméditée. Ses propriétaires actuels (la famille Ballot, ndlr) cherchaient un cheval pour leur fille Zoé (qui a couru par deux fois les championnats d'Europe Poneys avec Voltaire de Lalande, ndlr). Finalemen,t ils ont acheté un cheval qui est maintenant chez moi, Golden (des Frottards, quatrième de ce même championnat, ndlr). Lorsqu'ils ont fait leur tournée d’essai, ils ont aussi essayé Gulliver. Ils n’ont pas dormi de la nuit et ils l’ont quand même acheté lui aussi. Ils ne savaient pas ce qu’ils allaient en faire et il est arrivé à la maison. Je coache également les enfants de la famille Ballot en concours. Laurent est aussi le maréchal de toutes mes écuries. Aujourd’hui, c’est plus qu’une relation entre un cavalier et son propriétaire/maréchal. On ne peut jamais affirmer avec certitude qu'un cheval ne sera jamais vendu, mais je pense que ses propriétaires ont envie de rêver un peu pour l'instant. Si un jour il est vendu, il devra battre des records de prix de vente, il faudra que ça passe dans les journaux parce que ce moment devra être historique (rires). Je pense vraiment au fond de moi qu’il est actuellement à 50% de ses capacités et qu'il va être un cheval pour faire de grandes choses.

Vous faisiez référence à Thomas Carlile et Maxime Livio. Est-ce qu’une victoire comme celle-ci peut déclencher des déclics pour vous et votre confiance personnelle ? 

C’est toujours bonifiant et agréable. J’aime la compétition et la victoire évidemment. Ça fait quelques temps maintenant que je fais pas mal de jeunes chevaux. Je me suis un peu inscrit dans le circuit, c’est quelque chose que j’aime faire. Encore là, on avait pas mal de chevaux. De pouvoir concrétiser sur l’épreuve des six ans, c’est une récompense pour tout le monde : les propriétaires, tous les gens qui sont derrière. Même pour les propriétaires des autres chevaux, c’est encourageant de voir qu’on est capable de concrétiser et de réussir. Dans les autres classes, ce n’est pas facile. Le championnat des quatre ans est plus aléatoire, parce qu'on ne sait jamais comment ils vont être jugés. Les cinq ans restent vraiment des gros bébés, donc tout peut se passer, en bien comme en mal. Les six ans sont des chevaux qui en sont au "début de la suite" donc on commence à les maîtriser et on est capable de prévoir un peu leurs performances. Donc ouai, c’est agréable.