Deux Françaises remportent leur mondial
dimanche 22 août 2010

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Melody Theolissat et Padichah du Paon © Claude Bigeon

Sous un soleil radieux, le terrain du grand parc de Compiègne s’enflamme à l’arrivée des « 7 ans ». La course a été très rapide. Melody Theolissat arrive la 1e sur Padichah du Paon devant le Qatari Faleh Nasser Budhenaim sur Pacha de Barancon.

Tout doucement, à peine un petit trot. Les chevaux ont l’air harassés. Pour les suivants, c’est la même histoire : des chevaux au pas, tête basse, rincés.« Compiègne reste le plus grand rendez-vous des 7 ans, qui attirait toujours beaucoup de monde. Une victoire ici permet d’être remarqué dans les medias et dans le milieu, mais aujourd’hui, tout est différent. En plus, la plupart des montures n’avaient jamais couru sur 130km, seulement sur 110km, mais le train des premières boucles a été lancé trop vite, à plus de 20km/h de moyenne, ce qui est impossible à tenir. » L’enjeu du titre mondial pousse certains cavaliers à aller au-delà des limites de leur monture.

A la fraîche du matin, le gros de la troupe tient les deux premières boucles vite. Melody et une poignée de cavaliers ralentissent, d’autres laissent couler et décrochent. L’après-midi, sur les dernières boucles, si le relief est moins accidenté, la chaleur augmente et la longue remontée de fin de la course est fatale à bien des chevaux. « Padichah est froid alors je l’ai sollicité à quelques kilomètres de la fin, quand il ne restait qu’un groupe de 4 ou 5 couples. Et il a bien répondu. On a tenu un rythme minimal pour assurer jusqu’à l’arrivée. » Partie avec 6’28 de retard sur la 1e Melody grignote tout le monde, y compris Faleh Nasser Budhenaim dont le cheval sera refusé au contrôle vétérinaire … Khersino du Courtisot monté par Pierre-Michel Dolay qui avait impressionné en récupérant plus vite que tous ses adversaires, abandonne dans la dernière boucle. L’Espagnole Monica Comas Molist montant Princesse de Campagne est 2e, Clémentine Manoha et Padisha La Majorie 3e, devant Sonia Bourlé, Julien Goachet et Alex Luque Moral… Puis c’est le trou. Ils étaient 42 au départ, représentant 12 nations, essentiellement européennes, avec des Qataris et un Brésilien en prime. Les derniers candidats finissent avec deux heures d’écart, mais leurs chevaux ont l’air plutôt en meilleur état ... Devant cette situation, on se demande encore pourquoi le représentant de la FEI a menacé de suspendre durant deux ans les premiers cavaliers parce qu’ils arrivaient au trot « ce qui n’est pas spectaculaire » ? A-t-on affaire à une course ou à un spectacle ?

Melody, professionnelle de 21 ans installée à Saint-Martin de Castillon dans le Vaucluse, gagne sa première grosse course. Elle est d’autant plus heureuse qu’elle a frôlé la mort en fracassant son camion sur l’autoroute en montant à Compiègne et qu’elle craignait pour sa jument. Ouf, tout va bien. On les retrouvera ensemble, demain dimanche pour le trophée des sponsors. Dans cette course CEI par équipes, sur 130km, elles représentent Jean-Claude Guillaume, le propriétaire de Padichah.

Au départ des 160km sélectifs pour les 8 ans, c’est une autre chanson. Seulement 10 Français sur 21 couples, Un Argentin, plusieurs qataris, le gros de la troupe vient d’Europe de l’Ouest. La stratégie de course est l’inverse des 7 ans : les cavaliers effectuent les deux premières boucles à la douce, gentiment, à 17km/h de moyenne et augmentent la cadence au fur et à mesure. Bien vu. Cécile Totain l’emporte avec Aljai des Agachiols, qui atteint une moyenne de 24km/h sur la dernière boucle et réalise une moyenne générale de 18,56. Son second, Sébastien Valerio, qui avait trop poussé… montant jusqu’à 25,30km/h dans l’avant dernière boucle, sera refusé au vet gate. « Aljai m’a fait plaisir, à 5km de l’arrivée, je l’ai lancé. Je sentais que je pouvais lui demander, mais les 10 autres de notre groupe pilote étaient aussi en forme, alors on a accéléré progressivement. Une fois détachés à deux en tête, on s’est mis d’accord avec Sébastien pour se départager au dernier moment, sur un sprint court, sur la dernière ligne droite. » Selon la cavalière éleveuse du haras du Moulin à Pau (qui venait pour la première fois au mondial) : « la sélection est rude, Compiègne confirme les qualités d’un élevage, d’une préparation. Ceux qui ont su préserver leur cheval sont classés ou ont choisi d’arrêter. Quant à ceux qui sont allés trop vite, on ne les reverra plus.» Opaline Cabirat, qui chancelait sous la selle de Julien Lafaure, le train arrière quasi bloqué, est dans ce cas … Sauf miracle après perfusions… Laetitia Gonçalves classe Dhamhorr del Tochas en second, devant Roman Lafaure sur Orient Cabirat.

Plombé par la défection de son sponsor principal trois semaines avant la compétition, l’organisation du mondial, Jump 60, a dû supprimer les dotations et la participation s’est réduite comme peau de chagrin. Par ailleurs, le commerce qui battait son plein les années précédentes a lui aussi disparu. « L’époque est à l’austérité et au sport pur, » annonçait le commissaire général, Nicolas Wahlen.