Grande Semaine de dressage : Bellini met l’élevage Jiva à l’honneur chez les cinq ans
dimanche 19 septembre 2021

Elsa Maulet et Bellini Jiva remportent les cinq ans
Elsa Maulet et Bellini Jiva remportent les cinq ans © Béatrice Fletcher

Fort de dix-neuf candidats au titre suprême 2021, le contingent des chevaux de cinq ans est dominé, lors de la reprise préliminaire comme à l’occasion de la finale, par l’écurie Jiva Hill dont les protégés sont confiés au fin pilotage d’Elsa Maulet. Bellini Jiva succède ainsi à Djembé de Hus.

Sur la reprise préliminaire du jeudi, le Westphalien Louis Jiva (Libertad) avait impressionné les juges à hauteur de 83.200%, tandis que Malcom X de Massa (Galopin de la Font), étalon portugais né chez Sylvain Massa, pointait en deuxième position avec une moyenne de 82.400%, précédant le champion des quatre ans 2020, Maximus HP du Winckel, Oldenbourg par Morricone, jugé à 81%. Jean Michel Roudier, président du jury lors de cette première épreuve, aura retenu un potentiel de chevaux plutôt satisfaisant. « C’est très agréable de constater que les chevaux de tête affichent un réel potentiel pour l’avenir et qu’ils sont issus d’horizons divers », commente le juge international, qui se félicite également de la nette amélioration des présentations, réalisées par des cavaliers différents. Sur le plan technique, Jean Michel Roudier le rappelle, les juges sont particulièrement attentifs au potentiel d’équilibre montant des chevaux, sans pour autant exiger qu’ils soient sur les hanches, ainsi qu’à la qualité de l’entraînement qui se traduit par la justesse des mouvements, des transitions et du contact. « Le meilleur des chevaux, mal entraîné, n’ira jamais loin » ajoute le juge qui rappelle que le jugement est fondé sur l’échelle de progression, en vigueur en France depuis une dizaine d’années, fondement de l’entraînement et des formations, qui permet aux cavaliers et aux chevaux d’atteindre le meilleur niveau. « La présentation n’est que le résultat de l’ensemble » conclut le juge. 

Bouleversements et déception

Lors de la seconde et ultime confrontation soutenue par Cheval Liberté pour les quinze meilleurs de cette classe d’âge, le classement provisoire connaissait un bouleversement inattendu. Louis Jiva, qui faisait figure de favori suite à sa victoire dans la qualificative, distrait et contracté, déroule une reprise notée à 72.800% qui le rétrograde à la quinzième place. En revanche, Bellini Jiva, cinquième lors de la qualificative, s’impose avec une moyenne de 80.800%, à la grande surprise de sa cavalière Elsa Maulet qui misait davantage sur Louis. Elle explique : « Je connais Bellini depuis longtemps car il vient de l’éleveur allemand Ingo Pape chez qui je travaillais précédemment. Il a énormément de cœur, il n’est pas toujours à l’aise dans son corps, il a eu notamment du mal à assimiler le principe du contre galop, mais je pense que sa grande qualité tient à son tempérament que j’ai perçu dès notre premier concours. Sur sa première reprise de formation, il n’était pas du tout à l’aise, mais le lendemain il m’a emmené avec lui avec une générosité incroyable. » À l’annonce de cette victoire légèrement inattendue, son propriétaire depuis octobre 2020, Etienne Zeller, qui gère les affaires de Ian et Virginia Lundin, propriétaires de différentes sociétés dont un golf et un resort de luxe, et créateurs de l’écurie Jiva Hill à Crozet (01), ne cachait pas sa joie. « Elsa éduque Bellini, et me fait progresser également, car je n’ai jamais eu de jeune cheval auparavant. L’idée est de l’emmener le plus loin possible. » Le vice champion 2021 n’est autre que Maximus HP du Winckel, vainqueur des quatre ans en 2020, confié aux rênes expertes de Jessica Michel Botton, qui doit se contenter d’une moyenne de 80.200% et exprime sa déception. « Je suis ravie du cheval, tout comme Hans Heinrich Meyer zu Strohen, mon entraîneur, mais je trouve la notation sévère. Il est rare que je le dise, d’autant que je l’ai mieux présenté que lors de la première reprise, et il a obtenu des notes inférieures. À croire que les juges n’avaient pas envie de lui mettre des notes plus élevées. Le cheval n’est certainement pas parfait, mais il n’a pas fait de grosses fautes, notamment de rythme, et il était plus étendu au pas que lors de la première reprise. Il me semble que ma présentation correspondait aux attentes des juges en termes de force, de fluidité et d’harmonie, d’autant que cette reprise est difficile pour les cinq ans. De plus, je trouve que la note de 8 en potentiel manque de générosité. »

Muschamps Queen (Quaterbold du Payrol) complète le podium avec une note de 79.600 sous la selle d’Alizée Roussel, qui menait à la victoire Quaterbold dans les six ans en 2015. La cavalière se disait très satisfaite de la prestation de cette splendide jument qui rejoignait ses écuries d’Angers voilà deux mois et demi. « Elle était précédemment sous la selle de la naisseuse Rebecca Rourke, et le propriétaire a souhaité changer de cavalier pour des raisons qui lui appartiennent. Elle est arrivée dans mes écuries en juillet, et de plus je suis partie dix jours au championnat d’Europe Jeunes avec des élèves, donc je la monte depuis à peine deux mois. Elle est en constante progression. L’objectif de rentrer dans la finale est atteint. Elle a un excellent trot naturel (évalué à 8.8, ndlr), actif et énergique. Elle est encore un peu forte sur la rêne gauche, l’objectif de mon travail d’hiver sera d’améliorer la symétrie, son pas est très bon aussi, son galop reste à améliorer, même si elle progresse chaque semaine. » Concernant les attentes des juges sur ces finales de jeunes chevaux, notamment le potentiel, y compris des plus jeunes, à évoluer dans des allures montantes,  Alizée Roussel exprime son désaccord, qui se traduit d’ailleurs par son absence dans les épreuves de quatre ans depuis quelques années. « Certes l’élevage a beaucoup évolué, et les chevaux ont davantage de facilités naturelles en termes d’équilibre, mais pour tirer son épingle du jeu dès quatre ans, il faut des chevaux très affûtés. Tout dépend si l’objectif est de le valoriser rapidement ou de prendre son temps. » Coup de chapeau à l’élevage de Sylvain Massa, classé en seconde position des éleveurs mondiaux des chevaux de dressage par Hippomundo en 2020, qui alignait dans ces finales une dizaine des cinquante à quatre vingt dix poulains qui voient le jour chaque année sur les 250 hectares du site de Saint Martin de Crau. Parmi eux, Météor de Massa (Don Juan de Hus) qui s’adjuge la quatrième place chez les cinq ans avec Nicolas Giraud (79.200%). 

Un bilan mitigé 

À l’issue de cette finale, la présidente du jury, Marietta Almasy, exprimait un sentiment global de déception. « Je suis naturellement très positive et enthousiaste, mais plusieurs chevaux, que j’ai déjà vus sur d’autres concours, ont été contre performants aujourd’hui. » Quant attentes du jury, la juge pointe une amélioration de la qualité des élevages indéniable, et une expérience accrue des juges à l’international, dont d’ailleurs sur cette finale trois qui ont officié à plusieurs reprises lors des championnats du monde. « Les qualités que nous recherchons correspondent aux exigences mondiales. Nous ne sommes pas suffisamment performants en France, tant en Poney, qu’en épreuves Jeunes ou Seniors, car nous ne travaillons pas suffisamment sur cette aptitude des chevaux à se rassembler, à rechercher des chevaux connectés, qui se servent de leur dos, plient les hanches, évoluent devant le cavalier dans la rondeur, d’où une liberté d’épaules, grâce à une gymnastique régulière qu’il faut aborder à l’âge de cinq ans, accentuer à six ans, et que l’on perçoive clairement à sept ans, même si bien sûr au début, les chevaux doivent être travaillés loin et bas pour prendre du dos, petit à petit il faut leur apprendre à mettre du poids derrière. C’est ce point qui pêche actuellement et nous garde éloignés du haut niveau, alors que nous avons de très bons chevaux en France. »

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